Derniers avis


DERNIERS AVIS


mercredi 4 juin 2014

Le Grand Silence, de Loup Durand

L'auteur : Né en 1933 et mort en 1995, Loup Durand est un écrivain et scénariste français. C'était aussi un voyageur, parlant plusieurs langues et ayant visité ou vécu dans de nombreux pays. Il a exercé de nombreux métiers alimentaires et n'est devenu écrivain professionnel que tardivement - à la quarantaine. Il est l'auteur d'une vingtaine de romans (parfois co-auteur, sous pseudonyme) et le scénariste de quelques films et bande-dessinées. Certains de ses romans ont été adaptés à l'écran

Illustration : Photo Fotogram Stone
Résumé : Saorge vit seul dans le Grand Nord canadien. Il souffre d'une étrange maladie qui l'oblige à s'isoler dans cette partie du monde. Un peu par hasard, un homme riche et sans scrupule découvre que Saorge peut lire dans le cerveau des animaux. Dès lors, le milliardaire n'a plus qu'un seul but : découvrir si Saorge peut également lire l'esprit humain, et si possible s'approprier cette faculté. Pour cela, il recrute un commando prêt à employer tous les moyens. En tant qu'avant-garde de ce groupe, il envoie aussi la redoutable Judith rencontrer Saorge pour en apprendre le plus possible sur le jeune homme et tenter de le séduire. La chasse à l'homme est lancée.
Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai lu ce roman, et le plaisir est toujours le même. Loup Durand y raconte une histoire dépaysante, prenante et intense.

Dépaysante, parce que l'action se situe dans le Grand Nord. En y réfléchissant un peu, il s'agit du cadre parfait pour faire évoluer Saorge et son histoire. La région convient tout à fait au personnage principal, et le fait qu'il vive à la frontière entre la société humaine et l'isolement du désert glacial est une belle illustration de son état et de son dilemme. Par ailleurs Loup Durand fait un très bon travail dans la description de la région. Il ne s'agit pas vraiment de fidélité à la réalité - je ne pourrais pas en juger. Mais il parvient très bien à provoquer des images et à restituer une atmosphère.

L'histoire est également prenante, parce que Saorge n'est pas qu'un homme traqué. C'est un jeune homme incroyablement sensible, isolé et en constante crise puisqu'il est le premier à se considérer comme un monstre, ou du moins comme un homme particulièrement malade. Alors qu'il lutte depuis toujours pour surmonter sa condition et pouvoir s'intégrer au monde. Au fond, c'est un homme qui est en équilibre précaire, à la frontière de la normalité et de la folie. Alors quand un milliardaire lance des mercenaires à ses trousses, on peut imaginer que sa situation va devenir passablement insupportable.

Traqué, sa fuite l'amène sans le savoir dans une quête qui lui permettra peut-être de trouver le bon équilibre entre le silence du Grand Nord qui l'attire et la compagnie des hommes à laquelle il n'a pas renoncé. Au milieu de tout cela, des personnages intéressants pour la plupart et même hauts en couleur pour certains. Qu'il s'agisse de Monsieur Maxie, de Judith, Elisa, Ulikattak et Sumamik. Plus surprenant, on y trouve aussi un Gollum.

Bref je vous le conseille vivement. Vous m'en direz des nouvelles.

dimanche 1 juin 2014

L'Alliage de la Justice, de Brandon Sanderson

Du même auteur sur le blog : le cycle Fils des Brumes

Illustration : Chris McGrath
Présentation de l'éditeur : Kelsier, Vin, Elend et les autres font désormais partie de l'Histoire - ou de la religion. Les chemins de fer côtoient les canaux, les rues sont éclairées à l'électricité et les premiers gratte-ciel partent à l'assaut des nuages. Mais les anciennes magies allomantique et férochimique existent toujours. Un outil précieux pour ceux qui tentent de faire régner la justice dans les terres sauvages qu'on appelle les Rocailles. Après vingt ans là-bas, Wax Ladrian est de retour à la métropole d'Elendel, bien décidé à ranger ses pistolets. Pourtant les demeures et les rues élégantes de la ville pourraient bien s'avérer plus dangereuses encore que les plaines poussiéreuses des Rocailles.

Retour sur Scadriel, où se situe l'action du Cycle Fils des Brumes. Apparemment, Sanderson a très tôt eu l'idée d'écrire différents cycles pour différentes époques sur ce monde. Son idée est d'utiliser les Arts metalliques - allomancie, ferrochimie et hémalurgie - comme fil conducteur au cours de l'évolution de son monde, et c'est prometteur. Le système de magie est suffisamment intéressant et travaillé pour de nouvelles aventures. Simultanément, c'est intéressant de ne pas figer son monde et son système de magie dans le temps et de réfléchir à différentes périodes et donc différentes sociétés.

Pourtant, ce court roman n'était pas prévu. C'est en réfléchissant à l'évolution de son monde vers la période de son deuxième cycle que Sanderson en a eu l'idée. L'Alliage de la Justice se situe dans un contexte correspondant à peu près aux Etats-Unis de la deuxième moitié du 19ème : quand la conquête de l'Ouest a provoqué l'essor du chemin de fer. Clairement moins ambitieux que la trilogie Fils-des Brumes, le roman n'en est pas moins réussi et surtout enthousiasmant.

A la mort de son oncle, Wax ne peut plus n'en faire qu'à sa tête et doit rentrer à la capitale pour tenir son rôle d'héritier de la maison Landrian. Bien que de nouveaux métaux ont été découverts, l'allomancie semble avoir faibli dans la population, au point que les Fils des-Brumes font maintenant office de légendes. En revanche, la ferrochimie est un peu plus répandue et on trouve même des Double-Fils maîtrisant à la fois un pouvoir allomantique et un pouvoir ferrochimique, comme c'est le cas de Wax. Il se retrouve assez rapidement confronté à une mystérieuse série de vols et de kidnappings. Accompagné de son ancien adjoint et d'une jeune noble, il se lance dans une affaire qui s'avère rapidement plus complexe et dangereuse qu'il n'y paraît.

Du côté des points forts, il y a le système magique. Toujours aussi travaillé et visuel au niveau de l'action, il est aussi agrémenté de quelques nouveautés comme les Double-Fils. Le rythme est prenant, la progression bien menée comme d'habitude avec Sanderson. On peut faire une mention spéciale aux dialogues et surtout à l'humour du duo Wax-Wayne. Ces aspects apportent une fraîcheur certaine et donnent au roman une identité propre par rapport à la première trilogie. Dans le moins bon, il faut avouer que l'intrigue principale reste assez basique. De plus les personnages, à part Wax et Wayne, apparaissent un peu fades. C'est un peu gênant dans le cas de Marasi, trop éclipsée par les deux hommes alors qu'elle est un personnage principal. On peut nuancer ces défauts cependant : la fin du roman suggère l'arrivée prochaine d'une suite, et on sait que Brandon Sanderson prépare ses histoires au-delà d'un seul roman et est capable de produire un cycle équilibré. Personnellement, je suis impatient de voir ça.

vendredi 23 mai 2014

Retour aux affaires

Après plusieurs mois sans mise à jour, je me suis remis à publier sur ce blog. Je pourrais vous dire que ma grand-mère est morte (pas encore), que je devais m'occuper des enfants (j'en ai pas), que le boulot ne m'a pas laissé une minute à moi (pas vraiment), que j'étais mourant (pas vraiment non plus) ou que sais-je.

Alors c'est vrai que j'ai eu moins de temps qu'auparavant, pour tout un tas de raisons plus ou moins habituelles et convaincantes. Pour autant, rien ne justifie vraiment qu'il n'y ait pas eu un billet depuis 5 mois. La fin 2013 a été très chargée et à cette période je n'ai vraiment pas eu l'occasion de m'occuper du blog. Ensuite, je n'ai simplement pas pris le temps d'y revenir quand je le pouvais.

Avec une pause si longue, il y a évidemment beaucoup de livres que j'ai lus et je vais autant que possible en parler ici. Nous verrons bien à quel rythme je parviens à faire cela. J'ai déjà commencé et mis en ligne des avis sur :

- Les trois tomes de la trilogie Fils des Brumes, de B. Sanderson
- Les Enfants d'Icare, de A. C. Clarke
- Les tomes 1 et 2 du Cycle des démons, de P. V. Brett

J'ai déjà commencé à écrire les avis pour d'autres livres, donc il y aura encore quelques publications dans les jours à venir.

Le Cycle des Démons, de Peter V. Brett

L'auteur : Né en 1973, Peter V. Brett est un auteur originaire et vivant aux USA. Il écrit en marge d'un travail de bureau ne lui plaisant pas beaucoup sans parvenir à convaincre avec ses premiers romans, jusqu'à ce que Del Rey Books accepte son manuscrit de L'Homme-Rune. Le succès de la saga lui permettra finalement de quitter son emploi pour devenir auteur à temps plein.


Tome 1 : L'Homme-Rune

Illustration : Miguel Coimbra
Présentation de l'éditeur : Dans le monde du jeune Arlen, dès que le soleil se couche, les démons sortent de terre et dévorent les êtres vivants. Leur seul espoir de survie est de s'abriter derrière des runes magiques. Seule une poignée de Messagers bravent la nuit pour relier les hameaux dont les habitants ne s'éloignent jamais.
Mais lorsqu'une terrible tragédie le frappe, le jeune Arlen décide qu'il ne veut plus vivre dans la peur : il quitte sa ferme et part sur les routes en quête d'un moyen de se battre contre les démons et de les vaincre.



Trois cents ans après le Retour des démons, la situation des hommes est pour le moins catastrophique. Les magies et technologies qui leur avaient apporté la victoire pendant la première guerre démoniaque sont oubliées depuis des siècles, et si le soleil est mortel pour les monstres, la nuit leur appartient. Les hommes en sont réduits à se cacher derrière des runes défensives à l'efficacité limitée. C'en est au point où la plupart des hommes vivent reclus dans leur hameaux, car les voyages de nuit sont promesse de mort pour presque tout le monde : même les Messagers, pourtant plus braves et mieux formés, ne sont pas à l'abri.
C'est dans ce contexte que nous suivons l'enfance et l'entrée dans l'âge adulte d'Arlen, Leesha et Rojer. Vont-ils pouvoir changer la situation, et comment ?

On peut regretter quelques faiblesses dans l'écriture, même s'il n'y a rien de catastrophique pour un premier roman publié. Le mode de narration est intéressant : on se promène d'avant en arrière dans la chronologie pour suivre les événements importants, ce qui permet d'avoir une certaine vision d'ensemble. Le problème, c'est que cela finit par donner l'impression que les choses n'avancent pas beaucoup.Ce n'est cependant pas si grave, puisque ce premier tome se concentre clairement sur l'évolution des trois personnages principaux et la présentation des bases de l'histoire. Parmi les choses plus gênantes, il y a l'utilisation un peu malheureuse de quelques clichés : la vision stéréotypée des sarrasins sur laquelle le peuple krasien est construit est particulièrement agaçante, et il faut espérer que cela gagne en profondeur plus tard. Il y a aussi un ou deux problèmes de vraisemblance d'autant plus regrettables qu'ils gâchent un peu un bon roman.

Malgré cela, ce premier tome reste efficace. J'ai trouvé le personnage d'Arlen très intéressant dans l'ensemble. De manière générale l'évolution des trois personnages est intéressante à suivre, même s'il y a à redire à propos de Leesha : son développement semble en déséquilibre par rapport aux deux autres. Elle en devient d'ailleurs moins crédible en tant que personnage, et il faut espérer que l'auteur sait où il va à son propos pour la suite du cycle.

Au final, le roman pose assez correctement la plupart des bases, et il reste à voir comment l'histoire va évoluer. Le monde développé par Peter Brett et ses personnages principaux sont suffisamment intéressants pour donner envie de poursuivre ce cycle.



Illustration : Miguel Coimbra

Présentation de l'éditeur : Arlen a appris à survivre dans un monde hostile, hanté par des démons. Au lieu de se terrer comme les siens, le jeune homme choisit de se battre et devient un héros malgré lui. Mais l'homme qui se proclame le Libérateur n'est autre que Ahmann, son ancien frère d'armes qui l'a trahi. Ce dernier détient une arme redoutable et lance son armée dans une conquête impitoyable. Et les deux ennemis s'apprêtent à livrer une guerre sans merci contre les démons.


Un tome que j'ai trouvé plutôt décevant ; mais il y a suffisamment de points positifs pour garder un bon niveau et pousser à continuer le cycle.

Peter Brett fait jouer à fond son mode de narration pour présenter une image globale de la situation. En l'occurrence, on remonte le temps pour apprendre à connaître Ahmann Jardir à travers son ascension au pouvoir à Krasia. On plonge d'avantage dans la description de la société krasienne : cela permet d'amoindrir l'effet cliché du tome 1, mais les quelques nuances introduites ne sont pas suffisantes pour en chasser la vision très stéréotypée, même si elles sont bienvenues. On apprend à mieux connaître et comprendre Jardir, mais il semble y avoir quelques maladresses qui finissent par lui faire perdre de l'envergure (impossible de donner des détails sans spoiler). On gagne un autre regard sur certains événements, mais du coup l'intrigue principale avance sans doute trop peu.

Frustrant, c'est sans doute le terme qui caractérise le mieux ce tome. Des pistes intéressantes et de bonnes choses, mais trop souvent peu ou mal approfondies à mon goût. Le choc culturel de la rencontre entre les krasiens et la délégation de Leesha est enthousiasmant, mais peut-être trop peu approfondi. Le retour de Renna et son évolution sont intéressants, mais arrivent trop brusquement et progressent trop rapidement du point de vue de la crédibilité. Et puis il y a Leesha, principale source de frustration dans ce tome. Dans le premier tome son évolution laissait un peu à désirer, mais ici on dirait carrément que l'auteur ne sait pas vraiment quoi faire d'elle. Son indécision est bien trop exagérée. Cela aurait pu être une bonne manière de la présenter comme dépassée par les événements et un peu perdue, mais l'auteur en fait trop. Il l'amène jusqu'à la contradiction de la plupart des traits qui la caractérisaient, au point qu'elle génère trop d'incohérence et d'invraisemblance en trop peu de temps. On a l'impression que Brett l'a sacrifiée au profit des personnages d'Inevera et surtout de Renna dans ce tome. C'est son choix, mais sur ce point il a vraiment manqué de subtilité.

Mais tout n'est pas noir dans ce tome, heureusement. Le cheminement d'Arlen pour sortir de la folie de l'Homme-Rune est très agréable à suivre. Le personnage de Renna réussit à gagner rapidement la sympathie du lecteur, et l'interaction Arlen-Renna commence bien. La prise d'épaisseur côté démons avec l'introduction de princelets chtoniens est très bienvenue et introduit ce qu'il faut de tension avec une montée des enjeux de la guerre qui se prépare. Côté guerre et enjeux, la course contre la montre lancée par Jardir introduit ce qu'il faut de tension, puisqu'il s'agit maintenant de savoir si la "guerre du jour" ne compromettra pas les chances de gagner face aux démons. Par ailleurs on avance lentement mais sûrement vers le deuxième round de la confrontation Arlen - Jardir. Rojer semble un peu effacé dans ce tome, mais l'auteur a dévoilé des pistes intéressantes pour le futur. L'un dans l'autre, Peter Brett s'est bien débrouillé pour nous placer dans une situation d'attente non seulement à propos de l'intrigue principale mais aussi de plusieurs personnages et intrigues secondaires. De quoi se plonger avidement dans le troisième tome, en espérant que les défauts de ce tome 2 ne compromettent pas la suite du cycle.

mercredi 21 mai 2014

Les Enfants d'Icare, de Arthur C. Clarke

Du même auteur sur le blog : Les Chants de la Terre Lointaine

Illustration : Manchu
Présentation de l'éditeur : Ils sont apparus sans crier gare, leurs immenses vaisseaux flottant au-dessus des plus grandes capitales mondiales. Les Suzerains, des extraterrestres infiniment plus avancés, et qui affirment être la pour le bien de l'humanité. Et effectivement, même s'ils refusent pour le moment de se montrer, tout ce qu'ils font pour la Terre s'avère bénéfique : désarmement général, éradication des maladies, de la faim et de la misère. Pourtant... ne faudrait-il pas se méfier de ces mystérieux bienfaiteurs ? Et se demander quelles sont leurs véritables intentions quant à l'avenir de l'espèce humaine ?
Etant donné que le roman date de 1953, l'idée de base du roman est d'une grande originalité et prend à contre-pied les poncifs de la Science-Fiction. En effet, le thème de la rencontre avec une espèce extraterrestre bien plus avancée est complètement retourné par rapport aux habituels scénarios catastrophes type La Guerre des Mondes. Ici, les extraterrestres nommés Suzerains par les Hommes vient visiblement pour guider l'humanité.

L'histoire s'étend sur trois périodes dans la relation Hommes-Suzerains. Tout d'abord la prise de contact, et la manière dont les extraterrestres imposent avec assurance un certain nombre de réformes à l'humanité. Celles-ci ne sont pas faciles à avaler, mais s'avèrent toujours dans l'intérêt de l'humanité. Clarke va plus loin puisqu'il présente les Suzerains comme les sauveurs de l'humanité qui les ont empêchés de s'autodétruire. En effet la prise de contact a lieu à la même époque que la sortie du roman, alors que la Guerre Froide franchit une étape avec la multiplication des essais d'équipements nucléaires, et la guerre atomique semblait alors inévitable (en 1953, l'horloge de l'apocalypse indique 23h58). Clarke passe peut-être un peu trop vite sur la maigre résistance de certains face aux exigences des visiteurs, mais celle-ci sert surtout à introduire les questionnements sur lesquels le récit est fondé : pourquoi les Suzerains refusent-ils de dévoiler leur visage ? Peut-on leur faire entièrement confiance ou ont-ils d'autres buts ?

La deuxième période, l'Age d'Or de l'Humanité, commence environ un demi-sicèle après l'arrivée des vaisseaux quand le Superviseur Suzerain dévoile enfin son apparence comme il l'avait promis. En à peine une génération, les hommes ont suffisamment progressé pour ne pas s'arrêter à l'aspect physique qui éveille d'anciennes terreurs. Cette période est celle où l'on commence réellement à douter des intentions des Suzerains, car elle est marquée par une nette stagnation de la société humaine. Mais la piste lancée par Clarke, qui concerne les facultés potentielles de l'Homme, brouille un peu les pistes. La troisième et dernière période, qui survient après une ellipse temporelle encore plus courte, répond à toutes les questions : la vérité sur les Suzerains et leur mission, le chemin emprunté par l'humanité.

Le roman est un peu court au vu des thèmes qu'il aborde : il a des airs de compte-rendu un peu sec et il y avait beaucoup de choses que Clarke aurait pu développer d'avantage. D'un autre côté, le livre est propre à stimuler l'imagination et de ce point de vue ce n'est pas plus mal que tant de choses soient laissées ouvertes au lecteur. Dans la même veine, on peut regretter un caractère un peu impersonnel, du fait qu'il n'y a pas de personnages auxquels le lecteur puisse vraiment s'attacher. Mais là encore, l'intention semble clairement d'inviter le lecteur à réfléchir sur les thèmes abordés, et éventuellement de songer à ce qu'il ferait dans cette situation, plutôt que de s'identifier trop fort à une figure particulière. Au fond, il s'agit d'un roman où l'histoire et les enjeux transcendent les personnages qui en deviennent secondaires. Ce n'est pas du goût de tout le monde, mais pour ma part j'ai été bien plus fasciné par les thèmes de réflexion avancés par Arthur Clarke. De ce roman, il ressort plusieurs questions puissantes, en particulier celle-ci : que nous soyons seuls ou pas, serons-nous jamais prêts pour ce que l'univers nous réserve ?

mardi 20 mai 2014

Fils des Brumes, de Brandon Sanderson

L'auteur : Brandon Sanderson est né au Nebraska en 1975. S'étant d'abord orienté vers la biochimie, il constate lors d'une sorte de congé sabbatique qu'écrire lui manque bien plus que la biochimie. Sanderson se réoriente complètement et place l'écriture au centre de ses choix : il écrit pendant son travail de nuit (qui lui sert à payer ses études d'anglais) puis dans le cadre d'une formation à l'écriture de fiction. Il tente de se faire une place dans le monde de l'édition pendant des années (quelques anecdotes sur son site) et après de nombreuses tentatives il finit par publier et rencontrer le succès. C'est au point qu'il est choisi pour poursuivre et terminer le cycle de la Roue du Temps après la mort de son auteur Robert Jordan. Mais cette belle marque de reconnaissance ne doit pas occulter son propre travail.



Tome 1 : L'Empire Ultime

Illustration :
Christian McGrath
Présentation de l'éditeur : Les brumes règnent sur la nuit.
Le Seigneur Maître sur le monde.
La jeune Vin ne connaît de l'Empire Ultime que les brumes de Luthadel, les pluies de cendres et le regard d'acier des Grands Inquisiteurs. Depuis plus de 1000 ans, le Seigneur Maître gouverne les hommes par la terreur. Seuls les nobles pratiquent l'allomancie, la précieuse magie des métaux. Mais Vin n'est pas une adolescente comme les autres. Et le jour où sa route croise celle de Kelsier, le plus célèbre voleur de l'Empire, elle est entraînée dans un combat sans merci. Car Kelsier, revenu de l'enfer, nourrit un projet fou : renverser l'Empire.



Vin est une jeune orpheline abandonnée et trahie par tous qui ne connaît que la résignation et la solitude. Seule sa relative utilité, grâce à sa mystérieuse capacité d'influencer un peu les autres, lui permet de survivre parmi une bande de voleurs de la capitale. Elle rencontre alors Kelsier, le plus célèbre voleur de l'Empire.
Elle apprend qu'elle est en fait Fille des Brumes, appartenant à la plus puissante caste des allomanciens, une magie basée sur l'utilisation de certains métaux. Kelsier, lui-même Fils des Brumes, devient son mentor et l'intègre à sa bande d'escrocs, réunie pour mener à bien la révolte. L'horizon de Vin s'élargit encore quand elle devient leur espion au sein de la noblesse et découvre les rouages de l'Empire. Dans le même temps, elle est confrontée à la remise en cause de ses croyances sur la confiance et l'amitié. Sera t'elle prête à temps pour son rôle dans les plans de Kelsier, et ceux-ci réussiront-ils ?

Voilà un premier tome très solide. Son plus gros point fort (et celui de la trilogie entière, d'ailleurs) se situe au niveau de la maîtrise par l'auteur de son monde et de son intrigue. Sanderson aime tout prévoir, et le récit est contrôlé du début à la fin : les retournements de situations, les détails, l'évolution des personnages, ... tout est minuté.
Le système de magie est complètement intégré au roman parce qu'il est un pilier de l'intrigue : pour vaincre l'Empereur, il est crucial de percer les secrets de l'allomancie. L'autre caractéristique de Sanderson est le soin qu'il met dans la création de systèmes de magie. Et avec l'idée des métaux et de leur rôle dans les formes de magie (allomancie et ferrochimie), il a indéniablement trouvé une excellente idée. En plus de son originalité, la magie ajoute une vraie plus-value notamment parce qu'elle est très visuelle pour les scènes de combat (en particulier l'allomancie). Vu son rôle dans l'intrigue, c'est donc avec plaisir que l'on voit le voile se lever petit à petit à travers l'apprentissage de Vin.

Cependant on peut dire que les points forts du roman finissent par le trahir. L'intrigue est peut-être trop bien huilée : les événements s'enchaînent et s'emboîtent un peu trop bien, et tout cela manque parfois de spontanéité. Cela ne veut pas dire que tout est cousu de fil blanc : il y a vraiment des évolutions et des retournements qu'on ne voit pas venir tout de suite. Mais si l'on ferme le roman satisfait et impatient de voir comment les choses vont évoluer, on se dit aussi que tout cela est peut-être un peu trop ficelé. Par ailleurs certains personnages auraient sans doute pu être explorés d'avantage, mais cela reste suffisant pour un premier tome.
De plus, tout le monde n'est pas forcément friand de l'approche de Sanderson à propos de la magie : certains n'aiment pas les explications aussi détaillées et préfèrent plus de flou dans la magie. De mon côté cela a plutôt bien marché. Malgré tous les détails donnés et le fait évident que Sanderson a travaillé le sujet à fond, l'allomancie et la ferrochimie plus encore sont loin d'avoir livrés tous leurs secrets.



Illustration :
Christian McGrath

Présentation de l'éditeur : En mettant fin au règne brutal et millénaire du tyran, ils ont réalisé l'impossible. A présent, Vin la gamine des rues devenue Fille-des-Brumes, et Elend Venture, le jeune noble idéaliste, doivent construire un nouveau gouvernement sur les cendres de l'Empire. Mais trois armées menées par des factions hostiles, dont celle des monstrueux koloss, font le siège de Luthadel. Alors que l'étau se resserre, une légende évoquant le mystérieux Puits de l'Ascension leur offre une lueur d'espoir. Et si tuer le Seigneur Maître avait été la partie la plus facile ?


Dans ce cycle, le renversement de la tyrannie n'était qu'un point de départ. Vin et ses compagnons doivent donc maintenant faire face aux conséquences de la mort du Seigneur Maître et de la chute de l'Empire Ultime. Il faut avant tout mettre en place un nouveau pouvoir et restaurer la stabilité à Luthadel. S'appuyant sur ses longues études en philosophie et en politique, Elend cherche à construire un régime mettant fin à l'esclavage des skaa. Mais il doit faire face à de nombreux obstacles, y compris extérieurs : les autres provinces de l'Empire s'organisent elles aussi et beaucoup veulent reconquérir la capitale qui est bientôt menacée par des armées plus importantes. En plus de tout cela, il est bien possible que le dogme selon lequel l'ex-Empereur protégeait l'humanité de la menace de l'Insondable s'avère vrai en fin de compte.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le succès de la révolution n'a pas simplifié les choses pour les protagonistes. Elend semble être le seul à avoir quelques idées pour la reconstruction politique, mais ses idéaux et théories pourront-ils se concrétiser ? De son côté, Vin est en pleine recherche d'elle-même. Voleuse, noble, Fille-des-Brumes, héritière de Kelsier, compagne d'Elend : elle doit trouver l'équilibre entre tous ses rôles pour prendre sa place dans le monde en reconstruction. Et comme si cela ne suffisait pas, il faut en plus que les deux jeunes à peine adultes se débrouillent sans pouvoir se reposer sur Kelsier.

En fait, les personnages se sont lancés dans une aventure sans être totalement préparés. Ils récoltent les fruits de l'obsession de Kelsier et doivent faire avec, en avançant un peu en aveugles. De cette manière, ils en apprennent encore d'avantages sur leur monde, la magie et les enjeux véritables de ce qui s'est déroulé mille ans auparavant quand l'Empereur a combattu l'Insondable. Le lecteur est complètement embarqué dans le processus. Sanderson laisse des indices, mais il laisse les mêmes aux lecteurs et à ses personnages. Ceux-ci sont alors logés à la même enseigne : même si l'on referme le roman avec l'impression que tout ça était prévisible, on n'a pas pu le prévoir d'avantage que les personnages. Il nous tarde alors de voir ce que l'auteur nous réserve pour le dernier tome de cette trilogie.



Illustration :
Chris McGrath

Présentation de l'éditeur : Pour mettre fin à la tyrannie, Vin a tué le Seigneur Maître. Mais en essayant de fermer le Puits de l'Ascension, elle a laissé s'échapper une des formes maléfiques de l'Insondable. Depuis, ses Inquisiteurs et les brumes font toujours plus de victimes, tandis que les cendres qui tombent du ciel sont devenues incroyablement lourdes, menaçant d'ensevelir le pays et d'affamer les hommes. Vin et l'empereur Elend Venture espèrent sauver ce qui peut encore l'être. Mais pour cela, ils devront découvrir les derniers secrets du Seigneur Maître : l'ultime cachette d'atium, le plus puissant métal des Fils-des-Brumes, et l'identité du Héros des Siècles.

Le Héros des Siècles conclut de manière grandiose ce cycle très efficace. Sanderson rassemble tous les fils qu'il a laissés traîner, et tout s'enchaîne. Le troisième type de magie dont il a été brièvement question auparavant, l'hémalurgie, est présenté de manière plus approfondie et l'auteur démontre à nouveau qu'il a porté une grande attention à la magie et à son rôle dans son histoire.

Sanderson a vraiment tout prévu, et on reste admiratif à propos de la manière dont il a mené son intrigue. Même si on a appris avec les deux premiers tomes à se méfier des indices qu'il nous laisse, il y a toujours des détails qui changent tout au dernier moment et prennent simultanément tout leur sens. Au final, on aboutit avec une image claire des événements sur plus de 1000 ans d'histoire, des circonstances de l'Ascension du Seigneur-Maître à la conclusion qui survient dans ce troisième tome. Ce qui est très réussi, c'est que cette image se forme progressivement tandis que les personnages découvrent peu à peu la réalité derrière mythes et prophéties.

Un autre motif de grande satisfaction dans ce tome, c'est le rééquilibrage dans le traitement des personnages. Vin éclipsait presque trop les autres personnages dans le premier tome, tandis que c'était Elend dans le deuxième tome. Cette fois les deux personnages sont traités de manière équilibrée, et surtout d'autres personnages reçoivent une importance et un traitement plus profonds. On pense en premier lieu à Spectre et Sazed, mais il y a aussi le cas du Seigneur-Maître Rashek dont les secrets sont dévoilés petit à petit et apportent ainsi beaucoup de précisions et de profondeur au personnage. Cette manière de faire peut sembler trop déséquilibrée si on considère chaque tome séparément, mais dès lors qu'on considère l'ensemble du cycle on se rend compte que c'est un choix très lié au genre d'histoire que Sanderson voulait raconter.

Pas plus que d'autres ce cycle ne fera l'unanimité. Les choix de l'auteur concernant l'approche de la magie et certains thèmes de son intrigue ne plairont pas à tous. Mais même ainsi, il me semble difficile de contester la grande efficacité de l'intrigue et du récit.


lundi 11 novembre 2013

C'est lundi, que lisez-vous ? (9)

La bannière est une création de Galleane


Rendez-vous initié par Mallou en s'inspirant de Book Journey. C'est maintenant Galleane qui gère en recensant sur son blog les liens des participants.

Un rendez-vous sympathique qui consiste à répondre à trois questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire ?
3. Que vais-je lire ensuite ?

Des détails, notamment sur la manière de participer, ici.

La semaine dernière j'ai lu...

On ne dirait pas mais depuis lundi dernier j'ai lu et chroniqué des livres. Mais comme ce sont des volumes de saga les billets sont intégrés dans d'anciens articles donc c'est moins visible. Bref :


  

J'ai enchaîné les tomes 5 et 6 de L'Assassin Royal et ainsi terminé ma relecture du premier cycle de cette saga. Le découpage français ne fait pas vraiment honneur à l'original (les tomes 4 à 6 de l'édition française constituent à l'origine un volume entier en VO) et je conseille de les lire à la suite si possible. Cela dit, ils restent excellents même individuellement.
J'ai aussi lu l'avant dernier tome de la saga Percy Jackson. Il est peut-être un peu en deçà du précédent, mais cela reste très bon et c'est surtout une bonne transition avant le grand final, et La Bataille du Labyrinthe ne manque pas d'intérêt en lui-même.

En ce moment je lis :



Avec le peu de temps libre que j'ai eu et les trois autres lectures, je n'ai pas beaucoup avancé dans celle-ci cette semaine. Mais sauf imprévu je devrais le finir d'ici à la semaine prochaine.

... et ensuite ?





Je vais très probablement lire le premier tome des Aventuriers de la Mer, par R. Hobb. Avec L'Empire Ultime, cela me fera deux lectures pour les challenges que j'ai un peu zappés ces temps-ci. Pour la suite, je ne sais pas vraiment.






BONNE SEMAINE !