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samedi 21 septembre 2013

Le Cycle d'Ender, d'Orson Scott Card

L'auteur : Né en 1951, Orson Scott Card est un écrivain qui s'est frotté à plusieurs genres : théâtre, poésie, fantasy... et bien sûr SF. C'est en effet dans ce domaine qu'il est particulièrement reconnu. Il a notamment été le premier à remporter deux années de suite deux prix importants (prix Hugo et Nebula) pour les deux premiers tomes de ce cycle d'Ender.


Tome 1 : La Stratégie Ender
Illustration :
J. M. Ponzio

Présentation de l'éditeur : Il y a cinquante ans la flotte terrienne a réussi à repousser l'attaque des doryphores. Aujourd'hui pourtant, une nouvelle invasion menace. Un programme militaire pour la formation des futurs commandants de la flotte est en cours, mais le temps est compté. Parmi les élèves officiers - tous des surdoués -, Andrew Wiggin, dit Ender, focalise toutes les attentions. Appelé à devenir un puissant stratège, il est le jouet des manipulations de ses supérieurs depuis sa naissance... et cela le dépasse. Car d'est entre ses mains que repose le sort de l'humanité. Et Ender n'a que six ans.

Note : C'est bien Orson Scott Card qui a écrit ce roman, n'en déplaise à l'éditeur français qui s'emmêle les pinceaux ICI. Au passage, je dois vous prévenir si ce n'est pas déjà trop tard que la bande-annonce du film à venir le 6 novembre en dit un peu trop sur l'histoire.

"Nécessité fait loi", paraît-il. Une variante de "la fin justifie les moyens", l'autre poncif qui m'était venu à l'esprit la première fois que je suis tombé sous le charme de La Stratégie Ender. Et le charme a de nouveau opéré.
La situation est la suivante : une race extraterrestre, les doryphores, ont bien failli annihiler l'espèce humaine par le passé. Il s'en est fallu d'un stratège de génie lors de la Seconde Invasion. Pour les humains, un seul espoir apparent : trouver le prochain stratège providentiel et le former à temps. Ender paraît le meilleur candidat, en même temps que le dernier espoir.

Le récit nous offre une vision parcellaire de la situation sur Terre. C'est parce qu'il prend pratiquement toujours le point de vue d'Ender, qui avait 6 ans lorsqu'il a quitté la Terre pour l'Ecole de Guerre. Quelques blancs seront remplis par des incursions peu fréquentes du côté de Valentine, sa soeur aînée. En tout cas le tableau n'est pas folichon : on comprend que la menace doryphore a donné un brusque coup de frein à la Guerre Froide, mais que l'unité face à la crise n'est pas définitive.
(Pas étonnant : le roman paraît l'année même où le Pacte de Varsovie - qui a toujours cours dans l'histoire - est renouvelé pour 20 ans après 30 d'existence.)
Et côté bloc de l'ouest, la situation n'est pas particulièrement rose du point de vue humain : pour éviter la surpopulation, un contrôle strict des naissances est mis en place et Ender, qui est un Troisième (enfant), ne doit sa venue au monde qu'aux promesses de son patrimoine génétique. Il est au moins aussi brillant que ses aînés, sans être un psychopathe comme son frère ni trop tendre comme sa soeur. L'éducation est strictement contrôlée, le potentiel des individus évalués par surveillance électronique dans leur enfance, la plupart des religions interdites (le contrôle des naissances est difficilement conciliable avec le christianisme, par exemple), l'information maîtrisée, le courrier censuré.

Quand la survie de l'espèce est en jeu, rien ne doit ralentir l'effort de guerre et compromettre la formation des futurs officiers. Et c'est sur ce point que le lecteur en prendra le plus dans la figure. C'est avec une fascination ponctuée de crises morales intenses (en tout cas dans mon cas) que l'on constate ce que les enfants subissent. Et surtout Ender, à qui rien ne sera épargné pour le bien de la cause.
Impossible, à mon avis, de rester indifférent à la lecture. Surtout que nous sommes le plus souvent immergés dans son esprit, et que rien ne nous est épargné de ses souffrances morales. Celles-ci sont d'autant plus grandes que, parce qu'il est incroyablement intelligent et lucide, il perçoit les manoeuvres dont il est victime et comprend au moins en partie leurs raisons. Impossible aussi de rester indifférent parce que de nombreux passages, au début des chapitres, montrent clairement que ses bourreaux sont conscients de ce qu'ils font, hésitants devant la cruauté de leur méthode, et finalement se soumettent à la "nécessité".

Ce qui interpelle aussi, c'est la vision de ce qu'est l'enfance. Certes on choisit Ender et les autres parce qu'ils sont intelligents, mais peut-être surtout parce qu'ils sont des enfants. De ce point de vue le roman véhicule une idée qui était plutôt en vogue à l'époque - les années 80. La pureté des enfants ne se mesurent pas en terme de bien ou de mal. Les enfants sont capables du pire comme du meilleur parce qu'ils ne sont pas encore formatés comme les adultes. Cela interpelle et cela gêne, mais peut-être parce que ce n'est pas complètement faux. Et vous constaterez à la lecture que la stratégie des adultes qui exploitent Ender repose sur cette idée. Sur ce genre de thématique, je vous recommande La Nuit des Enfants Rois de B. Lenteric ou encore Daddy de Loup Durand. Et je ne vous raconte pas d'histoire à propos de l'époque qui veut ça, puisqu'ils datent respectivement en 1981 et 1987. J'ai beaucoup aimé ces deux romans, et je vous en parlerai sans doute sous peu.

Pour en revenir à ce tome, de nombreux points vaudraient le coup d'être cités pour souligner l'intelligence du récit et le soin apporté par l'auteur dans la conception de son univers. Mais je ne voudrais pas allonger ce billet à ce point ni gâcher votre plaisir. Je mentionnerai pourtant (sans la dévoiler) la fin du roman, où la narration et son rythme changent radicalement pour prendre les traits du résumé. Peut-être a t'elle été moins travaillée, peut-être n'a t'elle été écrite qu'au dernier moment, quand l'auteur a eu une idée plus claire de la suite du cycle. Mais vu les compétences de Orson Scott Card, il y a sans doute une grande part de choix délibéré. Si les choses s'enchaînent si vite à la fin, c'est parce que tous les évènements qui y sont décrits pèsent finalement peu face à la non-enfance d'Ender.

1 commentaire:

  1. j'ai beaucoup aimé cette lecture! j'ai trouvé l'intrigue très fine!

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