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samedi 19 octobre 2013

Thérèse en mille morceaux, de Lyonel Trouillot

Couverture : Jane E. Atwood

Présentation de l'éditeur
:
A vingt-six ans, Thérèse se découvre investie par son double, dont elle subit désormais l'absolue tyrannie : voici l'heure de "l'autre Thérèse", si loin, si proche. Non contente de s'emparer du corps de Thérèse pour donner libre cours à ses pulsions sexuelles, "l'autre Thérèse" agit sur la jeune femme comme un miroir inversé qui, en lui révélant ce qu'elle n'est pas et ce dont son environnement la prive, brise en mille morceaux un univers dont sont remis en cause tous les repères. Récit d'une crise, récit d'une insurrection de l'âme, vibrant d'une transe où pourrait sombrer sa narratrice possédée, Thérèse en mille morceaux est à la fois métaphore de toutes les prisons, affectives ou politiques, et témoignage de la difficulté de naître à l'individualité.

L'auteur : Lyonel Trouillot est né à Port-au-Prince, où il vit encore à ce jour. Sa passion pour la littérature interfère vite avec ses études de droit. En tant qu'écrivain, il ne touche pas seulement au roman mais aussi à la poésie. Il a également une activité de journaliste et de professeur de littérature comme cordes à son arc. Depuis 1996 il a publié 9 romans, 1 recueil de poésie et 2 livres qui ne sont pas des fictions.

Dans beaucoup de leurs publications - heureusement pas toutes - les éditions Babel utilisent une police de caractère que je trouve insupportable, surtout en italique. Malheureusement Thérèse en mille morceaux fait partie de ces romans. C'est à ce point gênant qu'il est difficile de se replonger dans le livre après une pause.
C'est bien dommage parce que ce défaut dessert un roman très sympathique. Au début des années 60 à Haïti, Thérèse a 26 ans et vit dans la ville du Cap. La jeune femme souffre apparemment de trouble dissociatif de l'identité (ce n'est pas la même chose que la schizophrénie) puisque depuis quelques temps une "autre Thérèse" semble parfois habiter son corps. Celle-ci dit ce que Thérèse n'oserait jamais dire, et fait ce que Thérèse n'a jamais osé faire. Au départ, Thérèse est bien ennuyée quand son entourage lui raconte les frasques de son double, et assez paniquée de ne rien pouvoir y faire.

Mais l'arrivée de cette "autre Thérèse" pousse la jeune femme à s'interroger sur elle-même et sur tous les facteurs qui conditionnent non seulement sa vie mais sa pensée. Thérèse commence alors à tenir un journal - dont des extraits clés constituent la majorité du roman - afin de comprendre ce qui lui arrive et de réconcilier ces deux voix par lesquelles elle parle et qui se disputent. C'est au cours de ce voyage intérieur qu'elle identifie tous les facteurs qui l'emprisonnent et l'empêchent d'être ce qu'elle pourrait être.
Le roman est le récit de cette évolution par laquelle Thérèse apprend à déceler et nommer toutes les chaînes qui l'entravent. Une éducation biaisée dans une famille issue d'une aristocratie décadente, vestige du règne de Henri Christophe quelques 150 ans auparavant. Une enfance bridée et isolée, contrôlée par une mère qui fit tout pour cacher à sa fille cadette les vérités dérangeantes et la modeler à ses propres convenances.

Ces découvertes sont suivies d'une lutte contre elle-même et l'extérieur, dont l'enjeu est de réussir à s'affranchir des entraves pour retrouver un équilibre perdu et obtenir ce que Thérèse n'avait pas auparavant : la perspective d'une vie libre, qui soit réellement la sienne et qui lui offrira davantage de chances de se réaliser et de trouver le bonheur. Quant à savoir où la mènera ce nouveau départ, il n'y a qu'une manière de le découvrir : en vivant sa vie après s'être affranchie de ses oeillères et des regards extérieurs.

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