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dimanche 20 octobre 2013

Les Ames Croisées, de Pierre Bottero

Pour des infos sur l'auteur, voir le billet

Illustration : Gilles Francescano
Présentation de l'éditeur : Nawel vit à Jurilan, le royaume des douze cités. Aspirante comme ses amis Philla et Ergaïl, elle va choisir la caste correspondant à ses aspirations profondes pour le reste de sa vie. Tout indique qu'elle entrera, selon le désir de ses parents, chez les prestigieuses Robes Mages. Mais Nawel s'interroge sur sa place dans cette caste et sur la voie qu'elle doit suivre... Un roman de fantasy dont les fils croisent Les Mondes d'Ewilan et L'Autre, mais aussi une réflexion profonde sur le destin et la responsabilité, l'ambition et la sincérité, le hasard et la force des rêves.

C'est la deuxième fois que je lis ce roman, et il m'a laissé exactement les mêmes impressions que la première fois. Un coup de coeur, mais beaucoup de regrets à l'idée que Bottero n'aura pas l'occasion de poursuivre ce qui s'annonçait comme une trilogie passionnante.

Passionnante à cause des relations entre ce livre, Les Mondes d'Ewilan et L'Autre : il y a une foule de références plus ou moins subtiles à ces univers mais qui ne gênent absolument pas la lecture pour qui n'a pas lu les autres trilogies de l'auteur. C'est pour la suite que cela aurait été nécessaire. On imagine aisément que Nawel se serait trouvée au coeur d'une histoire marquée par des ponts bâtis entre l'histoire des 7 familles et des héros de Gwendalavir.
Mais ça, cela aurait été pour les tomes suivants. Ici, pas besoin de saisir toutes les allusions et tous les indices qui apparaissent pour savourer cette histoire. Heureusement, ce premier tome se suffit à lui-même et ne laisse pas le lecteur en plein milieu de l'action : cela aurait été simplement insupportable.

Nous suivons l'histoire de Nawel, une jeune fille née et élevée dans l'une des familles les plus puissantes du Jurilan. Modelée par son environnement, elle fait preuve d'égoïsme, d'orgueil et de vanité. Elle est de plus complètement inconsciente d'être le produit des manigances de la haute société jurilane et de sa famille en particulier. Bref elle apparaît au départ comme une gamine à qui quelques claques ne feraient pas de mal. Bottero réussit donc à la rendre assez antipathique au départ, peut-être un peu trop.

Arrive le moment où les conséquences désastreuses d'une décision irréfléchie brisent quelque chose en Nawel, qui commence à se libérer des illusions dont on a voulu régenter sa vie. Comprenant qu'elle risque de se voir dépouillée de toute possibilité de choix, elle décide de réagir avant et s'oppose à sa famille et à ce que tout le monde attend d'elle. C'est en faisant cela qu'elle s'engage sur une voie inattendue : elle intègre la dixième des grandes castes, les Armures, au lieu de celle qui lui était apparemment destinée. A partir de ce moment, Nawel va apprendre l'importance des choix que l'on fait, la place du hasard et du destin dans l'existence, et mûrir petit à petit au cours de son apprentissage vers le moment où elle portera l'une des plus puissantes armes du royaume.

La lente et profonde évolution de Nawel est extrêmement bien amenée. Bottero ne fait pas l'erreur d'un changement trop facile et complet. Il ne s'agit que du début du cheminement de son héroïne, et on regrette encore une fois de ne pas pouvoir constater où l'amèneront ses choix. Il ne faut pas croire pour autant que l'évolution est bégnine : les réflexions proposées dans ce petit roman sont vertigineuses et amenées avec justesse. Les personnage secondaires, bien moins développés, n'en sont pas moins réussis pour la plupart : Philla, Ergaïl, Louha, Lyiam et Anthor sont tous savoureux à leur manière.

Les descriptions sont époustouflantes, d'un niveau encore supérieur à celles que l'on pouvait trouver même dans Le Pacte des Marchombres. Sur ce plan là la plume de Bottero a encore pris une nouvelle dimension. Il nous introduit à un univers très riche, très beau et avec sa dose d'originalité. Il y a bien sûr quelques éléments familiers, mais Bottero a réussi à donner une identité propre à ce monde et au royaume de Jurilan, de la même manière que Nawel est une héroïne très différente d'Ewilan et Ellana.

Une lecture à savourer sans modération.

Lecture pour le Big Challenge et le Baby Challenge Fantasy Livraddict 2013 :

dimanche 6 octobre 2013

Le Pacte des Marchombres, de Pierre Bottero

Pour des infos sur l'auteur, voir le billet



Illustration :
Jean-Louis Thouard


Présentation de l'éditeur : Seule survivante d'un groupe de pionniers après l'attaque de leur caravane par un groupe de Raïs, au Nord de l'Empire, une fillette est recueillie par le peuple des Petits. Elle grandit dans la Forêt Maison à l'écart des hommes et décide, à l'adolescence, de partir en quête de ses origines. En chemin, sous le nom d'Ellana, elle croise le plus grand des marchombres, le maître Jiliano Alhuïn, qui la prend pour élève et l'initie aux secrets de sa guilde. Un apprentissage semé d'embûches, de rencontres, et d'inimitiés.


Dans cette troisième trilogie, Pierre Bottero se penche sur l'un de ses personnages les plus attachants. C'est aussi l'occasion de s'immerger dans la guilde des marchombres, ce qui était l'un des aspects les plus intrigants et prometteurs des précédentes trilogies.

Avec ce premier tome, nous apprenons les origines d'Ellana. C'est fait brillamment et l'attachement au personnage ne fait que grandir. A travers cette fenêtre sur le passé, Bottero nous décrit la rencontre entre une jeune fille et son destin. Car dès le début du récit, il devient rapidement clair qu'elle est faite pour être marchombre. On constate par exemple que déjà fillette de cinq ans elle présentait les prémices des traits de caractère qui la font taillée pour cette voie : curiosité, désir de liberté, etc. 

Ses années d'enfance parmi les Petits lui permettent d'acquérir les bases d'une agilité et d'une adresse étonnante pour une gamine, que son futur entraînement pourra développer. C'est aussi la raison pour laquelle, n'ayant pas grandi au contact de la société humaine, elle n'a pas été mise en danger de voir son caractère étouffé dans l'oeuf. C'est ainsi qu'elle retourne auprès des humains capable de se débrouiller et qu'elle met peu à peu des mots sur l'élan qui la pousse. C'est lors d'un voyage pour trouver des réponses à propos de ses parents et retrouver ses souvenirs qu'elle rencontre un premier marchombre. Puis, peu de temps après, celui qui sera son maître : Jilano Althuïn, considéré comme le meilleur de sa guilde. Les enjeux de ce tome : la reconnaissance du Conseil, un test, et des épreuves qui détermineront si Ellana est digne de la greffe marchombre.

A la lecture de ce premier livre, Le Pacte des Marchombres s'annonce passionnant. Même si je vais attendre de finir la saga pour en être sûr, ce sera sans doute un coup de coeur. Le style de Bottero est toujours aussi plaisant. Toutesa la qualité d'écriture des précédentes trilogies est présente, peut-être même encore un peu magnifiée parce qu'elle est mise au service d'un personnage auquel l'auteur lui-même s'est énormément attaché. Du côté du contenu, j'ai vraiment beaucoup aimé cette immersion dans l'univers des marchombres. On lève ici un peu le voile sur pas mal de points qui étaient volontairement mystérieux dans les aventures d'Ewilan. Les clins d'oeil - tels sa première vison d'Al-Jeit, évoquée par Ellana brièvement dans La Quête d'Ewilan - sont appréciables, notamment parce qu'ils s'insèrent très bien dans le récit, sans en faire trop.
Du côté de l'intrigue : elle reste à développer. Ce premier tome se penche en effet plutôt sur les premiers pas d'Ellana sur la voie marchombre. Mais la fin de ce volume laisse entrevoir d'intéressantes possibilités. Sans compter que le destin même d'Ellana, son parcours et ce qu'elle accomplira, est un sujet dont Bottero a su entretenir l'attrait.

Lecture pour le Big Challenge et le Baby Challenge Fantasy 2013 de Livraddict : 








Illustration :
Jean-Louis Thouard



Présentation de l'éditeur : Encore apprentie marchombre, Ellana est chargée par Jilano, son maître, d'une mission à haut risque : escorter une caravane au chargement précieux et mystérieux. Mais au fil de ses rencontres, Ellana peine à identifier ses véritables ennemis, la voie tend à se dérober devant elle et les choix qui engagent sa loyauté et ses sentiments se révèlent périlleux.


On pourrait dire à première vue que ce deuxième volume est assez prévisible, du moins dans les grandes lignes. Parce qu'au fond, on y trouve ce qu'on peut attendre d'un deuxième tome dans un récit initiatique : les progrès du personnage principal, les difficultés à surmonter tant bien que mal, quelques informations et avancées à propos du coeur de l'intrigue. D'un autre côté ce n'est pas vraiment un défaut en soi : il y a de bonnes raisons si ce genre de ficelles fonctionne. Par contre, quand on a une épine dorsale de ce type habituel, il vaut mieux ne pas commettre d'erreur dans le traitement.

Heureusement avec Pierre Bottero à la barre, des erreurs il n'y en a pas qui puisse gâcher la lecture. Tous ces éléments "classiques" que je mentionnais sont très naturellement intégrés dans la progression de l'histoire. Le style de Bottero - toujours aussi élégant et efficace - et son utilisation intelligente de divers procédés de narration offre au récit une fluidité saisissante. Comme il parvient à marier cette écriture très simple avec un véritablement approfondissement des personnages et des enjeux, on ne peut s'empêcher de dévorer ce livre presque d'une traite.

En y réfléchissant le nombre de points traités en environ 400 pages sans les survoler est impressionnant.  Evidemment l'essentiel concerne Ellana et son évolution. Si ses capacités de marchombre ne cessent de progresser, c'est surtout au niveau de son appréhension de la voie que les choses intéressantes se passent. Ellana a grandi (le volume commence sur une courte ellipse temporelle) et à 17 ans la question des sentiments, en particulier amoureux, se pose d'autant plus pour elle qui s'est promise de défendre sa liberté en ne dépendant jamais de personne et en ne laissant jamais personne dépendre d'elle. Trouver alors un équilibre avec le respect qu'elle ressent pour Jilano, l'attirance pour Nillem et le jeu de séduction avec Hurj - un nouveau personnage très attachant - amène Ellana à pousser d'avantage sa réflexion sur la voie marchombre.

L'histoire personnelle d'Ellana se mêle dans ce tome avec l'histoire de l'Empire. C'est assez bien fait parce que c'est au départ de manière assez ténue. En effet c'est Jilano qui lui explique les dessous de la situation : menace Ts'liche, trahison des Sentinelles, invasion des Raïs. C'est aussi parce que son maître attache de l'importance à ces enjeux qu'Ellana s'y trouve mêlée via la périlleuse mission d'escorte discrète qu'il lui confie. C'est à cette occasion que la longue opposition entre marchombres et mercenaires du Chaos atteint une tension importante. Ces derniers ont en effet une part dans les troubles que travers Gwendalavir, tout en ayant apparemment des projets qui leur sont propres. Ces projets sont liés à ce qu'ils considèrent comme une prophétie qui concerne l'élève d'un des plus grands marchombres : cela peut donc concerner Ellana, à moins qu'il ne s'agisse de Nillem.

Cette prophétie fait référence à des évènements qui sont racontés dans La Quête d'Ewilan et Les Mondes d'Ewilan. D'ailleurs, ce deuxième tome fourmille de points de contact entre la vie d'Ellana et le récit de ces deux trilogies. De sorte que même si ce deuxième volume peut en théorie être lu comme le premier de manière indépendante, beaucoup de détails sont quand même plus savoureux si l'on connaît bien l'histoire d'Ewilan. On y trouvera par exemple la première fois qu'Ellana entend parler d'Edwin, les racines de l'opposition entre elle et le Conseil marchombre dont il est fait mention dans Les Mondes d'Ewilan, etc. Cette relation étroite avec les autres trilogies de Bottero atteint son point culminant à la fin du volume qui reprend une scène de La Quête d'Ewilan du point de vue cette fois d'Ellana et qui mène à la rencontre entre les futurs amis.

Le tome 3 se déroulera finalement après les évènements des Mondes d'Ewilan. Ainsi, après avoir levé le voile sur le passé d'Ellana, Pierre Bottero peut maintenant nous raconter la suite de son histoire. Etant donné la qualité de ce tome 2, je pense que sauf catastrophe majeure le dernier tome achèvera de faire de cette trilogie un vrai coup de coeur.






Illustration :
Jean-Louis Thouard
Présentation de l'éditeur : Ellana la prophétie est le troisième et dernier tome que Pierre Bottero consacre à son personnage favori, Ellana. C'est la fin de la trilogie Le Pacte des Marchombres. Ce dernier tome marque aussi le grand retour, aussi attendu qu'espéré, des héros d'Ewilan. Car ce tome est aussi une suite au cycle d'Ewilan, commencé en 2003 par la trilogie La Quête d'Ewilan, suivie par une seconde, Les Mondes d'Ewilan. En effet, si dans les tomes 1 et 2 du Pacte des Marchombres, l'action se situe avant La Quête d'Ewilan, Ellana la prophétie reprend l'intrigue là où elle s'était arrêtée à la fin des Tentacules du Mal, dernier tome des Mondes d'Ewilan.
Dans Ellana la prophétie se joue donc la conclusion de l'aventure, de toutes les aventures, dans une apothéose où chaque question trouvera une réponse, l'intrigue son aboutissement et les protagonistes leur aboutissement. C'est la résolution d'une histoire qui court sur 9 livres et tient, depuis 5 ans, plus d'un million de lecteurs en haleine. Et c'est Ellana qui aura le dernier mot de cet ultime volume feu d'artifice, plus long, plus riche, plus gros.


La présentation de l'éditeur donne le ton : chronologiquement parlant, ce dernier tome se situe après les deux premières trilogies de l'auteur. De sorte qu'il vaut évidemment mieux les avoir lues. Mais surtout, cela signifie que ce billet va contenir pas mal d'informations qui pourraient gâcher des surprises. (spoiler alert, comme on dit...)

Le deuxième tome du Pacte des Marchombres se terminait avec la rencontre d'Ellana et de ceux qui allaient devenir ses compagnons pour deux grandes quêtes. A la suite de ces évènements, les couples Ewilan/Salim et Ellana/Edwin avaient décidé de passer quelques temps avec les Fils du Vent afin de profiter d'une période de liberté et de repos bien mérités. C'était sans compter les affaires non résolues entre les marchombres et les mercenaires du Chaos. Bref, il fallait bien que le passé de la marchombre et son rôle présumé dans une prophétie au coeur de ce conflit la rattrapent, et c'est cette histoire qui sert ici de conclusion au cycle d'Ewilan, mais surtout à l'histoire d'Ellana.

L'autre aspect sur lequel la présentation de l'éditeur a tout bon, c'est en qualifiant ce dernier livre d'apothéose et de feu d'artifice. On peut sans doute mettre la grande qualité de cette troisième trilogie sur le compte de l'attachement de Pierre Bottero envers le personnage d'Ellana.

L'histoire commence en fait un certain temps après que les deux couples aient quitté les Fils du Vent, et la suite directe des Mondes d'Ewilan est décrite sous la forme de retours en arrière à partir d'un moment rempli de tensions. Cet effet de narration, très répandu, fonctionne merveilleusement ici. Mais le plus important est que ce tome nous ouvre de nouvelles portes à propos du personnage favori de Bottero. Dans les deux tomes précédents nous l'avons connue fillette puis apprentie auprès de Jilano, et nous avons accompagné ses progrès sur la voie marchombre. Ici nous la découvrons maître via sa relation avec Salim, ainsi que compagne et mère. Avec ces évolutions cruciales, Pierre Bottero complète ainsi un portrait très riche tout en offrant une conclusion grandiose au conflit avec les mercenaires du chaos.

Contrairement aux deux tomes précédents, le point de vue d'Ellana n'est pas le seul utilisé. On a également les points de vue de ses compagnons les plus proches, avec une insistance spéciale sur Edwin et Salim. Or, la marchombre et son disciple sont des personnages que j'ai toujours trouvés plus attachants et intéressants qu'Ewilan, qui est pourtant tout sauf inintéressante elle-même. De plus la relation entre Ellana et Edwin est extrêmement bien réussie, et il était très important qu'elle résolve la question de l'équilibre entre les sentiments d'Ellana et la voie de la liberté qu'elle a choisie.

Alors il est vrai qu'au final l'histoire repose sur une structure très classique. Mais elle est menée de main de maître, mettant en scène des personnages extrêmement réussis, avec une conclusion magistrale qui s'offre le luxe de revenir sur plusieurs aspects laissés en suspens jusque là. Toute la dimension poétique de l'écriture de Bottero est en plus renforcée quand on ajoute l'univers des marchombres et de leur philosophie. On obtient alors une trilogie qui surpasse à mon avis les deux précédentes qui étaient déjà de belles réussites.

dimanche 22 septembre 2013

Les Mondes d'Ewilan, de Pierre Bottero

Pour des infos sur l'auteur, voir le billet :


Tome 1 : La Forêt des Captifs

Illustration :
Jean-Louis Thouard

Présentation de l'éditeur : Tandis que ses parents explorent des territoires sauvages de l'autre monde, Ewilan se retrouve prisonnière sur Terre d'une étrange Institution. Au coeur de ce laboratoire clandestin, la Sentinelle félonne Eléa Ril'Morienval fomente son retour en Gwendalavir qu'elle cherche plus que jamais à conquérir. Traumatisée et réduite à l'impuissance par de terribles expériences, Ewilan ne peut compter que sur le courage de Salim et le sacrifice d'un homme-lige. Il lui faudra apprendre la patience sous l'oeil bienveillant d'un vieil ermite, afin de recouvrer ses forces. Alors seulement sonnera l'heure de la vengeance.


Retour en Gwendalavir... en quelque sorte. La suite des aventures d'Ewilan s'ouvre sur un tome dont l'action se déroule en fait exclusivement dans nos contrées.

Comme le suggère le résumé, l'histoire est ici marquée par une note bien plus sombre que dans la première trilogie. De retour sur Terre pour deux semaines de pause, Ewilan et Salim sont attaqués. Ewilan est capturée et droguée de manière à ne pas pouvoir se servir du Dessin. Salim fera tout son possible pour la libérer, utilisant à fond son apprentissage - toujours en cours - de marchombre. Alors bien sûr Pierre Bottero ne va pas jusqu'à décrire le calvaire d'Ewilan dans tous les détails. Mais les quelques éléments décrits et l'état dans lequel elle finit sont suffisants.

Ce tome est une réussite. On retrouve avec plaisir ces personnages, même si la plupart n'ont guère changé et même si la fine équipe n'est réunie que tardivement. On retrouve le style direct et fluide de Bottero, qui est un vrai régal. Du point de vue de l'écriture, il faut aussi mentionner que ce que je trouvais être le principal défaut de la première trilogie a disparu : pas de problème de rythme, pas de contraste trop grand entre de longues périodes de voyage et une résolution rapide. Au contraire, ce tome se démarque par une entrée en matière immédiate, avec pendant la première partie une alternance entre passé et présent qui permet de décrire de manière prenante l'enlèvement d'Ewilan et les efforts faits pour la libérer. Même la période de convalescence ne ralentit pas beaucoup le rythme : outre quelques péripéties, elle est surtout marquée par la tension de savoir si Ewilan va prendre le dessus, et dans quel état.

Bien qu'il soit en quelque sorte auto-suffisant, ce tome contient également de nombreuses pistes pour la suite. La plus séduisante est sans doute l'existence du personnage d'Illian, petit garçon doté d'un incroyable pouvoir, enfermé dans l'Institution comme Ewilan, et qui se trouve venir du même monde qu'elle. Mais pas de Gwendalavir. C'est donc confirmé : il y a des hommes ailleurs que dans l'Empire. Et ce que l'on devine de cette civilisation à travers le comportement d'Illian laisse entrevoir un risque d'affrontement futur.

Il y a aussi la question des relations entre notre monde et Gwendalavir, et de l'avenir de notre bonne vieille Terre. Les Ts'liches y ont fui, et projettent bien évidemment de nous soumettre comme ils avaient soumis les hommes en Gwendalavir il y a fort longtemps. Edwin, Ellana et Siam semblent avoir jugulé cette menace, mais il n'est pas tout à fait sûr que les monstres aient été éradiqués. Surtout, toute cette pagaille s'est déroulée au vu et au su d'un homme de l'ombre du gouvernement. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que les deux mondes se rencontrent officiellement et que des relations s'instaurent. La question est de savoir lesquelles.

Lecture pour le Big Challenge 2013 de Livraddict


Illustration :
Jean-Louis Thouard


Quatrième de couverture : "Le brûleur arrivait sur eux à une vitesse hallucinante. Ellana encocha une flèche. Edwin tira son sabre, Salim son poignard. Le coeur serré par l'angoisse, Ewilan comprit pourtant qu'ils ne pourraient pas arrêter le monstre. Elle se glissa dans l'Imagination."



[A mon avis le site de l'éditeur en révèle trop, mais si vous n'avez pas peur c'est ICI]


Environ un mois après les évènements du tome précédent, Ewilan et Salim ont repris le cours de leur vie. De retour dans l'Empire, elle se consacre à l'Académie. Lui poursuit sa formation avec Ellana. C'est d'ailleurs l'occasion de gratter la surface de la Guilde des Marchombres, comme une mise en bouche pour la trilogie suivante Le Pacte des Marchombres.

Tandis qu'elle cherche un moyen d'intégrer l'expédition qui ramènera Illian à Validaï, Ewilan découvre une menace dans l'Imagination. Un monstre y sévit, physiquement présent dans cette dimension comme peut l'être le Dragon. Le monstre y provoque de nombreuses destructions et constitue un danger mortel pour les Dessinateurs, donc pour l'Empire, et l'ensemble du deuxième monde. Et contrairement à ce qui se passait avec les Ts'liches, les pouvoirs d'Ewilan ne la mettent pas à l'abri. La solution se trouve peut-être à l'Oeil d'Otolep.

Côté enjeux, l'histoire monte donc en puissance. A la menace dans l'Imagination s'ajoutent l'incertitude à propos des intentions de Valindaï et les relations avec la France - qui n'ont pas été complètement oubliées. Sans compter que l'ombre d'Eléa Ril'Morienval est encore présente. De nouveaux personnages, plus ou moins sympathiques, sont introduits. L'univers s'épaissit d'autant, avec quelques précisions l'air de rien sur les Marchombres, les Dessinateurs, l'armée. Evidemment la troupe habituelle constitue encore le noyau. Salim et Ewilan affûtent leurs compétences tout en connaissant les premières affres de l'adolescence. Les autres restent fidèles à eux-mêmes et les interactions au sein du groupe évoluent peu. Mais la stabilité a du bon puisque celles-ci fonctionnaient déjà bien dans les romans précédents.

La plume de Bottero est toujours aussi agréable et maîtrisée. Dans ce tome il semble revenu au schéma de base de la première trilogie : un voyage avec un objectif. Mais pas de contraste trop fort entre le voyage et la conclusion puisque le tome se termine sur une étape - certes importante - du voyage. Bottero a donc fait le choix de répartir les évènements sur deux tomes, ce qui met pas mal de pression sur le troisième. Toujours du côté des procédés, l'auteur utilise habilement certaines ficelles un peu grosses pour brouiller les pistes : pendant que le lecteur est occupé avec ce que Bottero veut bien qu'il devine, d'autres éléments sont introduits plus subtilement. C'est comme ça que certaines péripéties se mettent à fonctionner vraiment bien.

Il ne reste plus qu'à découvrir Valindaï - qui paraît de plus en plus inquiétante - et la conclusion de cette histoire. Avec Bottero aux commandes, on est confiant.



Illustration : Jean-Louis Thouard
Quatrième de couverture : Un frisson d'angoisse parcourut le dos d'Ewilan. "L'Appel Final mérite des jeux extraordinaires, peuple de Valingaï, poursuivit Baaldoub. Je t'ai donc concocté un programme éblouissant, un programme sanglant, un programme à ta mesure !"

Le voyage d'Ewilan et ses amis se poursuit et nous permet de découvrir des territoires nouveaux dans ce monde. On passe vite fait sur la Mer des Brumes, et nous voilà dans le désert Ourou. Toute la difficulté et tous les dangers de la traversée du désert - où l'Imagination n'est pas accessible - sont véhiculées sans tomber dans le piège de la lenteur. La troupe se rend à Hurindaï, espérant y rejoindre les parents d'Ewilan et Akiro/Matthieu. Le moment est mal choisi, puisque les armées de Valingaï sont en route pour conquérir Hurindaï. La troupe risque fort de se retrouver piégée en plein milieu d'une guerre.

Et s'ils parviennent jusqu'à la cité, les ennuis ne feront que commencer. Quels dangers les attendent dans la cité qui vénère Ahmour, le monstre ayant envahi l'Imagination et menaçant de passer dans leur dimension ? Quels risques courent-ils en accompagnant Illian, dont le comportement devient de plus en plus bizarre tandis qu'ils se rapprochent de sa patrie ? Qui est le mystérieux vagabond silencieux qui semble suivre leur piste depuis la fin du tome précédent ?

Comme d'habitude, le style fluide et la maîtrise du récit permettent au lecteur de s'immerger facilement dans l'univers de Pierre Bottero. On tourne les pages sans pouvoir s'arrêter. Alors bien sûr cela aurait créé un déséquilibre vis-à-vis des tomes précédents, mais il aurait pu y avoir 100 pages de plus : je les aurais englouties sans problème. Si la trame principale est encore une fois relativement directe, l'auteur parvient à faire avancer l'histoire tout en développant son univers naturellement et juste ce qu'il faut : assez pour que le lecteur s'immerge, mais tout en lui laissant la possibilité de faire travailler son imagination dans la direction qu'il souhaite. Sans compter qu'il y a du mouvement du côté des personnages. Tandis que certains traversent des moments de crise personnelle, d'autres se révèlent. D'autres encore nous surprennent, y compris l'héroïne.

Comme le roman parfait n'existe pas, à mon avis, je pourrais relever toutes les petites imperfections qui traînent ici ou là. On peut par exemple considérer que quelques aspects auraient pu être exploités un peu plus - notamment dans la dernière partie de ce troisième tome. Mais tout cela reste très marginal et cette deuxième trilogie se conclut encore une fois avec un très bon moment de lecture. Ce sera un plaisir de retrouver cet univers dans d'autres livres de l'auteur.

mardi 3 septembre 2013

La Quête d'Ewilan - L'Intégrale, de Pierre Bottero

L'auteur : Pierre Bottero, né en 1964, a longtemps été instituteur. Heureusement pour nous, il finit par se lancer dans l'écriture avec un premier roman, Amies à vie, en 2001. La Quête d'Ewilan est sa première trilogie d'heroic fantasy. Il reviendra au monde de Gwendalavir avec trois autres trilogies (Les Mondes d'EwilanLe Pacte des MarchombresL'Autre), un roman graphique (Le Chant du Troll, avec G. Francescano) et le premier volet d'une autre trilogie (Les Ames Croisées). Malheureusement, il n'aura pas l'occasion de nous faire découvrir d'avantage cet univers. Il décède en 2009 au cours d'un accident de moto, à l'âge de 45 ans.

Illustration par Jean-Louis Thouard
Présentation de l'éditeur : La vie de Camille bascule quand elle pénètre dans l'univers de Gwendalavir où des créatures menaçantes la reconnaissent sous le nom d'Ewilan et tentent de la tuer. Elle est l'héritière d'un don fabuleux qui peut s'avérer décisif dans la lutte de son peuple pour reconquérir sa liberté. Aidée de Salim et de nouveaux compagnons qui ont pour noms Edwin et Ellana, Ewilan affermit son Don et part à la recherche de ses parents, captifs d'Eléa Ril' Morienval...
L'Intégrale La quête d'Ewilan regroupe les trois tomes de la première trilogie d'heroic fantasy de Pierre Bottero. D'un monde à l'autre, Les frontières de glace et L'île du destin. En bonus, un inédit de l'auteur, qui raconte la vie d'Ewilan entre six et treize ans, est placé au tout début de l'ouvrage.

J'avais lu la trilogie tome par tome il y a quelques temps. Du fait de ma participation aux challenges Livraddict, je me suis procuré l'intégrale. J'ai pris une bonne dose de plaisir à cette relecture, et j'ai pu découvrir le texte inédit inclus dans l'intégrale. Cette première incursion de Bottero dans le genre n'a pas mis longtemps à se hisser au rang de classique de la fantasy de jeunesse. De plus, comme la majorité des bons titres du genre, la série a su séduire les adultes également.

La particularité de l'héroïne Camille est que le sentiment d'étrangeté typique de l'entrée dans l'adolescence est multiplié chez elle par plusieurs facteurs. C'est une enfant adoptée et on comprend assez vite que ses parents adoptifs n'ont aucune affection pour elle. Elle est aussi surdouée et, bien qu'elle reste par certains aspects une enfant, montre des signes certains de maturité par rapport à son âge. Les adultes ne la comprennent pas, et sa seule source d'affection est Salim, son meilleur - et seul - ami.
Le sentiment d'étrangeté atteint son paroxysme quand elle se transporte dans un monde parallèle, dans l'Empire de Gwendalavir. Elle se trouve nez à nez avec un monstre, un Ts'liche, qui l'appelle Ewilan. Elle apprendra qu'elle est originaire de ce monde, qu'Ewilan est le nom que lui ont donné ses parents disparus, et qu'elle a un frère. Elle apprendra qu'elle est une Dessinatrice : elle peut voyager dans l'Imagination et matérialiser ce qu'elle Dessine mentalement. Gwendalavir est en guerre, et les choses ne se passent pas très bien. Il faut libérer les Sentinelles - les meilleurs Dessinateurs de l'Empire - prisonniers des Ts'liches pour espérer renverser la situation. Les parents d'Ewilan en faisaient partie, ils sont donc peut-être encore en vie. Avec les alliés et amis qu'ils se font en route, Camille/Ewilan et Salim se lancent donc dans l'aventure.

L'histoire est efficace, le monde crée par l'auteur a ce quelque chose d'enchanteur propre à capturer l'imagination des jeunes lecteurs. Choisir le voyage dans l'Imagination et le Dessin comme type de magie est une touche géniale dans cette veine. On sent que Bottero a beaucoup travaillé sur ce monde à la lecture des descriptions, et aux nombreux aspects qui sont introduits plus ou moins profondément : les marchombres, les rêveurs, les Faëls, le bestiaire, Merwyn, etc. Les personnages sont attachants, même si certains mériteraient qu'on s'attarde un peu plus sur leur psychologie. Suspens et humour sont suffisamment maîtrisés pour ne pas infantiliser le lecteur, et cela explique sans doute que le roman fonctionne tout aussi bien pour le lectorat plus âgé.

Alors bien sûr il y a quelques imperfections. Les plus cyniques regretteront sans doute la relative facilité avec laquelle la plupart des crises et disputes sont surmontées. Pour ma part, le point le plus perfectible concerne l'avancée de l'histoire. J'avais trouvé que dans chacun des trois tomes il y avait un trop grand déséquilibre entre les voyages et les combats de fin de tome. Ceux-ci se résolvaient vraiment très vite, et l'on reste un peu sur sa faim. Ce sentiment s'est intensifié à cause du format de l'Intégrale, les passages correspondant à chaque fin de tome semblent alors des épisodes incroyablement courts coincés entre de longs voyages (par ailleurs plaisants à suivre).

On sent aussi assez clairement que Bottero a encore beaucoup à offrir avec ce monde. Et on attend impatiemment de s'y replonger avec Les Mondes d'Ewilan, Le Pacte des Marchombres, L'Autre, Les Ames Croisées...


Lecture pour le Big Challenge 2013  et le Baby Challenge Fantasy 2013 de Livraddict