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dimanche 6 octobre 2013

Le Pacte des Marchombres, de Pierre Bottero

Pour des infos sur l'auteur, voir le billet



Illustration :
Jean-Louis Thouard


Présentation de l'éditeur : Seule survivante d'un groupe de pionniers après l'attaque de leur caravane par un groupe de Raïs, au Nord de l'Empire, une fillette est recueillie par le peuple des Petits. Elle grandit dans la Forêt Maison à l'écart des hommes et décide, à l'adolescence, de partir en quête de ses origines. En chemin, sous le nom d'Ellana, elle croise le plus grand des marchombres, le maître Jiliano Alhuïn, qui la prend pour élève et l'initie aux secrets de sa guilde. Un apprentissage semé d'embûches, de rencontres, et d'inimitiés.


Dans cette troisième trilogie, Pierre Bottero se penche sur l'un de ses personnages les plus attachants. C'est aussi l'occasion de s'immerger dans la guilde des marchombres, ce qui était l'un des aspects les plus intrigants et prometteurs des précédentes trilogies.

Avec ce premier tome, nous apprenons les origines d'Ellana. C'est fait brillamment et l'attachement au personnage ne fait que grandir. A travers cette fenêtre sur le passé, Bottero nous décrit la rencontre entre une jeune fille et son destin. Car dès le début du récit, il devient rapidement clair qu'elle est faite pour être marchombre. On constate par exemple que déjà fillette de cinq ans elle présentait les prémices des traits de caractère qui la font taillée pour cette voie : curiosité, désir de liberté, etc. 

Ses années d'enfance parmi les Petits lui permettent d'acquérir les bases d'une agilité et d'une adresse étonnante pour une gamine, que son futur entraînement pourra développer. C'est aussi la raison pour laquelle, n'ayant pas grandi au contact de la société humaine, elle n'a pas été mise en danger de voir son caractère étouffé dans l'oeuf. C'est ainsi qu'elle retourne auprès des humains capable de se débrouiller et qu'elle met peu à peu des mots sur l'élan qui la pousse. C'est lors d'un voyage pour trouver des réponses à propos de ses parents et retrouver ses souvenirs qu'elle rencontre un premier marchombre. Puis, peu de temps après, celui qui sera son maître : Jilano Althuïn, considéré comme le meilleur de sa guilde. Les enjeux de ce tome : la reconnaissance du Conseil, un test, et des épreuves qui détermineront si Ellana est digne de la greffe marchombre.

A la lecture de ce premier livre, Le Pacte des Marchombres s'annonce passionnant. Même si je vais attendre de finir la saga pour en être sûr, ce sera sans doute un coup de coeur. Le style de Bottero est toujours aussi plaisant. Toutesa la qualité d'écriture des précédentes trilogies est présente, peut-être même encore un peu magnifiée parce qu'elle est mise au service d'un personnage auquel l'auteur lui-même s'est énormément attaché. Du côté du contenu, j'ai vraiment beaucoup aimé cette immersion dans l'univers des marchombres. On lève ici un peu le voile sur pas mal de points qui étaient volontairement mystérieux dans les aventures d'Ewilan. Les clins d'oeil - tels sa première vison d'Al-Jeit, évoquée par Ellana brièvement dans La Quête d'Ewilan - sont appréciables, notamment parce qu'ils s'insèrent très bien dans le récit, sans en faire trop.
Du côté de l'intrigue : elle reste à développer. Ce premier tome se penche en effet plutôt sur les premiers pas d'Ellana sur la voie marchombre. Mais la fin de ce volume laisse entrevoir d'intéressantes possibilités. Sans compter que le destin même d'Ellana, son parcours et ce qu'elle accomplira, est un sujet dont Bottero a su entretenir l'attrait.

Lecture pour le Big Challenge et le Baby Challenge Fantasy 2013 de Livraddict : 








Illustration :
Jean-Louis Thouard



Présentation de l'éditeur : Encore apprentie marchombre, Ellana est chargée par Jilano, son maître, d'une mission à haut risque : escorter une caravane au chargement précieux et mystérieux. Mais au fil de ses rencontres, Ellana peine à identifier ses véritables ennemis, la voie tend à se dérober devant elle et les choix qui engagent sa loyauté et ses sentiments se révèlent périlleux.


On pourrait dire à première vue que ce deuxième volume est assez prévisible, du moins dans les grandes lignes. Parce qu'au fond, on y trouve ce qu'on peut attendre d'un deuxième tome dans un récit initiatique : les progrès du personnage principal, les difficultés à surmonter tant bien que mal, quelques informations et avancées à propos du coeur de l'intrigue. D'un autre côté ce n'est pas vraiment un défaut en soi : il y a de bonnes raisons si ce genre de ficelles fonctionne. Par contre, quand on a une épine dorsale de ce type habituel, il vaut mieux ne pas commettre d'erreur dans le traitement.

Heureusement avec Pierre Bottero à la barre, des erreurs il n'y en a pas qui puisse gâcher la lecture. Tous ces éléments "classiques" que je mentionnais sont très naturellement intégrés dans la progression de l'histoire. Le style de Bottero - toujours aussi élégant et efficace - et son utilisation intelligente de divers procédés de narration offre au récit une fluidité saisissante. Comme il parvient à marier cette écriture très simple avec un véritablement approfondissement des personnages et des enjeux, on ne peut s'empêcher de dévorer ce livre presque d'une traite.

En y réfléchissant le nombre de points traités en environ 400 pages sans les survoler est impressionnant.  Evidemment l'essentiel concerne Ellana et son évolution. Si ses capacités de marchombre ne cessent de progresser, c'est surtout au niveau de son appréhension de la voie que les choses intéressantes se passent. Ellana a grandi (le volume commence sur une courte ellipse temporelle) et à 17 ans la question des sentiments, en particulier amoureux, se pose d'autant plus pour elle qui s'est promise de défendre sa liberté en ne dépendant jamais de personne et en ne laissant jamais personne dépendre d'elle. Trouver alors un équilibre avec le respect qu'elle ressent pour Jilano, l'attirance pour Nillem et le jeu de séduction avec Hurj - un nouveau personnage très attachant - amène Ellana à pousser d'avantage sa réflexion sur la voie marchombre.

L'histoire personnelle d'Ellana se mêle dans ce tome avec l'histoire de l'Empire. C'est assez bien fait parce que c'est au départ de manière assez ténue. En effet c'est Jilano qui lui explique les dessous de la situation : menace Ts'liche, trahison des Sentinelles, invasion des Raïs. C'est aussi parce que son maître attache de l'importance à ces enjeux qu'Ellana s'y trouve mêlée via la périlleuse mission d'escorte discrète qu'il lui confie. C'est à cette occasion que la longue opposition entre marchombres et mercenaires du Chaos atteint une tension importante. Ces derniers ont en effet une part dans les troubles que travers Gwendalavir, tout en ayant apparemment des projets qui leur sont propres. Ces projets sont liés à ce qu'ils considèrent comme une prophétie qui concerne l'élève d'un des plus grands marchombres : cela peut donc concerner Ellana, à moins qu'il ne s'agisse de Nillem.

Cette prophétie fait référence à des évènements qui sont racontés dans La Quête d'Ewilan et Les Mondes d'Ewilan. D'ailleurs, ce deuxième tome fourmille de points de contact entre la vie d'Ellana et le récit de ces deux trilogies. De sorte que même si ce deuxième volume peut en théorie être lu comme le premier de manière indépendante, beaucoup de détails sont quand même plus savoureux si l'on connaît bien l'histoire d'Ewilan. On y trouvera par exemple la première fois qu'Ellana entend parler d'Edwin, les racines de l'opposition entre elle et le Conseil marchombre dont il est fait mention dans Les Mondes d'Ewilan, etc. Cette relation étroite avec les autres trilogies de Bottero atteint son point culminant à la fin du volume qui reprend une scène de La Quête d'Ewilan du point de vue cette fois d'Ellana et qui mène à la rencontre entre les futurs amis.

Le tome 3 se déroulera finalement après les évènements des Mondes d'Ewilan. Ainsi, après avoir levé le voile sur le passé d'Ellana, Pierre Bottero peut maintenant nous raconter la suite de son histoire. Etant donné la qualité de ce tome 2, je pense que sauf catastrophe majeure le dernier tome achèvera de faire de cette trilogie un vrai coup de coeur.






Illustration :
Jean-Louis Thouard
Présentation de l'éditeur : Ellana la prophétie est le troisième et dernier tome que Pierre Bottero consacre à son personnage favori, Ellana. C'est la fin de la trilogie Le Pacte des Marchombres. Ce dernier tome marque aussi le grand retour, aussi attendu qu'espéré, des héros d'Ewilan. Car ce tome est aussi une suite au cycle d'Ewilan, commencé en 2003 par la trilogie La Quête d'Ewilan, suivie par une seconde, Les Mondes d'Ewilan. En effet, si dans les tomes 1 et 2 du Pacte des Marchombres, l'action se situe avant La Quête d'Ewilan, Ellana la prophétie reprend l'intrigue là où elle s'était arrêtée à la fin des Tentacules du Mal, dernier tome des Mondes d'Ewilan.
Dans Ellana la prophétie se joue donc la conclusion de l'aventure, de toutes les aventures, dans une apothéose où chaque question trouvera une réponse, l'intrigue son aboutissement et les protagonistes leur aboutissement. C'est la résolution d'une histoire qui court sur 9 livres et tient, depuis 5 ans, plus d'un million de lecteurs en haleine. Et c'est Ellana qui aura le dernier mot de cet ultime volume feu d'artifice, plus long, plus riche, plus gros.


La présentation de l'éditeur donne le ton : chronologiquement parlant, ce dernier tome se situe après les deux premières trilogies de l'auteur. De sorte qu'il vaut évidemment mieux les avoir lues. Mais surtout, cela signifie que ce billet va contenir pas mal d'informations qui pourraient gâcher des surprises. (spoiler alert, comme on dit...)

Le deuxième tome du Pacte des Marchombres se terminait avec la rencontre d'Ellana et de ceux qui allaient devenir ses compagnons pour deux grandes quêtes. A la suite de ces évènements, les couples Ewilan/Salim et Ellana/Edwin avaient décidé de passer quelques temps avec les Fils du Vent afin de profiter d'une période de liberté et de repos bien mérités. C'était sans compter les affaires non résolues entre les marchombres et les mercenaires du Chaos. Bref, il fallait bien que le passé de la marchombre et son rôle présumé dans une prophétie au coeur de ce conflit la rattrapent, et c'est cette histoire qui sert ici de conclusion au cycle d'Ewilan, mais surtout à l'histoire d'Ellana.

L'autre aspect sur lequel la présentation de l'éditeur a tout bon, c'est en qualifiant ce dernier livre d'apothéose et de feu d'artifice. On peut sans doute mettre la grande qualité de cette troisième trilogie sur le compte de l'attachement de Pierre Bottero envers le personnage d'Ellana.

L'histoire commence en fait un certain temps après que les deux couples aient quitté les Fils du Vent, et la suite directe des Mondes d'Ewilan est décrite sous la forme de retours en arrière à partir d'un moment rempli de tensions. Cet effet de narration, très répandu, fonctionne merveilleusement ici. Mais le plus important est que ce tome nous ouvre de nouvelles portes à propos du personnage favori de Bottero. Dans les deux tomes précédents nous l'avons connue fillette puis apprentie auprès de Jilano, et nous avons accompagné ses progrès sur la voie marchombre. Ici nous la découvrons maître via sa relation avec Salim, ainsi que compagne et mère. Avec ces évolutions cruciales, Pierre Bottero complète ainsi un portrait très riche tout en offrant une conclusion grandiose au conflit avec les mercenaires du chaos.

Contrairement aux deux tomes précédents, le point de vue d'Ellana n'est pas le seul utilisé. On a également les points de vue de ses compagnons les plus proches, avec une insistance spéciale sur Edwin et Salim. Or, la marchombre et son disciple sont des personnages que j'ai toujours trouvés plus attachants et intéressants qu'Ewilan, qui est pourtant tout sauf inintéressante elle-même. De plus la relation entre Ellana et Edwin est extrêmement bien réussie, et il était très important qu'elle résolve la question de l'équilibre entre les sentiments d'Ellana et la voie de la liberté qu'elle a choisie.

Alors il est vrai qu'au final l'histoire repose sur une structure très classique. Mais elle est menée de main de maître, mettant en scène des personnages extrêmement réussis, avec une conclusion magistrale qui s'offre le luxe de revenir sur plusieurs aspects laissés en suspens jusque là. Toute la dimension poétique de l'écriture de Bottero est en plus renforcée quand on ajoute l'univers des marchombres et de leur philosophie. On obtient alors une trilogie qui surpasse à mon avis les deux précédentes qui étaient déjà de belles réussites.

mercredi 25 septembre 2013

Tara Duncan T.1, de Sophie Audouin-Mamikonian

L'auteur : Sophie Audouin-Mamikonian est née en France en 1961. Elle est surtout connue comme auteur de la saga Tara Duncan, mais a aussi écrit d'autres romans jeunesse - visant différentes tranches d'âge - et un thriller pour adultes.
Illustration :
Stan et Vince
Présentation de l'éditeur : La mère de Tara Duncan a été enlevée ! Tara et Manitou, son grand-père transformé en labrador, partent sur AutreMonde affronter dragons, Vampyrs et Sangraves. Mais bientôt le trop puissant pouvoir de Tara fait des envieux, et elle devient la cible de complots dont seuls son sens de l'humour et son courage pourront la sauver. Elle devra parvenir à délivrer sa mère, découvrir qui veut l'assassiner et pourquoi.

Après avoir lu ce premier tome, le succès de cette saga m'étonne vraiment. En ce qui me concerne, ça n'a pas marché du tout. L'histoire n'est pas particulièrement mauvaise ou inintéressante, c'est ailleurs que se situent les problèmes.

Le récit souffre d'incohérences minimes, peu nombreuses, mais agaçantes. Par exemple : comment un personnage en lévitation la tête en bas peut-il avoir les cheveux qui lui tombent dans les yeux ?

Les plus gros problèmes d'après moi sont des problèmes d'écriture. L'utilisation excessive de points de suspension amoindrit leur efficacité : ils finissent par donner une impression de paresse dans l'écriture, et d'intrusion de l'auteur en plein milieu du récit quand ils sont utilisés ailleurs que dans les dialogues. A ce propos, beaucoup trop de réactions et de répliques sont teintées d'un certain manque de naturel - à la limite du ridicule : quelle gamine de 12 ans s'exclame "C'est un plan subtil et machiavélique" ?

Il y a aussi des problèmes dans la gestion des points de vue. Il arrive trop souvent que le point de vue de l'héroïne se confonde avec le point de vue d'un narrateur omniscient. Par exemple, comment peut-on apprendre la signification des étendards représentés dans la salle du trône d'un royaume d'AutreMonde tout en étant du point de vue de l'héroïne qui a passé toute sa vie sur Terre ? C'est quand même gênant.

Si la planète AutreMonde n'est pas inintéressante, certains choix de l'auteur laissent quand même perplexe en faisant un tour dans le lexique. Là-bas, les moutons sont appelés des Bééé (oui, trois "e"). Dans le même genre d'originalité on a le pays des gnomes, lutins, fées et gobelins qui s'appelle SmallCountry, les lutins farceurs qui s'appellent des P'abo, et des Drago-tyrannosaures en guise de cousins des dragons. Cela dit, cela vaut peut-être mieux parce que quand l'auteur fait original, on se retrouve avec des noms de personnages comme Chemnashaovirodaintrachivu.

Alors bien sûr tout n'est pas à jeter dans ce roman. En plus de quelques éléments bien trouvés, l'humour fait assez souvent mouche. Mais c'est au final une déception qui m'a enlevé l'envie de poursuivre cette saga.


Lecture pour le Big Challenge et le Baby Challenge Fantasy 2013 de Livraddict


dimanche 22 septembre 2013

Les Mondes d'Ewilan, de Pierre Bottero

Pour des infos sur l'auteur, voir le billet :


Tome 1 : La Forêt des Captifs

Illustration :
Jean-Louis Thouard

Présentation de l'éditeur : Tandis que ses parents explorent des territoires sauvages de l'autre monde, Ewilan se retrouve prisonnière sur Terre d'une étrange Institution. Au coeur de ce laboratoire clandestin, la Sentinelle félonne Eléa Ril'Morienval fomente son retour en Gwendalavir qu'elle cherche plus que jamais à conquérir. Traumatisée et réduite à l'impuissance par de terribles expériences, Ewilan ne peut compter que sur le courage de Salim et le sacrifice d'un homme-lige. Il lui faudra apprendre la patience sous l'oeil bienveillant d'un vieil ermite, afin de recouvrer ses forces. Alors seulement sonnera l'heure de la vengeance.


Retour en Gwendalavir... en quelque sorte. La suite des aventures d'Ewilan s'ouvre sur un tome dont l'action se déroule en fait exclusivement dans nos contrées.

Comme le suggère le résumé, l'histoire est ici marquée par une note bien plus sombre que dans la première trilogie. De retour sur Terre pour deux semaines de pause, Ewilan et Salim sont attaqués. Ewilan est capturée et droguée de manière à ne pas pouvoir se servir du Dessin. Salim fera tout son possible pour la libérer, utilisant à fond son apprentissage - toujours en cours - de marchombre. Alors bien sûr Pierre Bottero ne va pas jusqu'à décrire le calvaire d'Ewilan dans tous les détails. Mais les quelques éléments décrits et l'état dans lequel elle finit sont suffisants.

Ce tome est une réussite. On retrouve avec plaisir ces personnages, même si la plupart n'ont guère changé et même si la fine équipe n'est réunie que tardivement. On retrouve le style direct et fluide de Bottero, qui est un vrai régal. Du point de vue de l'écriture, il faut aussi mentionner que ce que je trouvais être le principal défaut de la première trilogie a disparu : pas de problème de rythme, pas de contraste trop grand entre de longues périodes de voyage et une résolution rapide. Au contraire, ce tome se démarque par une entrée en matière immédiate, avec pendant la première partie une alternance entre passé et présent qui permet de décrire de manière prenante l'enlèvement d'Ewilan et les efforts faits pour la libérer. Même la période de convalescence ne ralentit pas beaucoup le rythme : outre quelques péripéties, elle est surtout marquée par la tension de savoir si Ewilan va prendre le dessus, et dans quel état.

Bien qu'il soit en quelque sorte auto-suffisant, ce tome contient également de nombreuses pistes pour la suite. La plus séduisante est sans doute l'existence du personnage d'Illian, petit garçon doté d'un incroyable pouvoir, enfermé dans l'Institution comme Ewilan, et qui se trouve venir du même monde qu'elle. Mais pas de Gwendalavir. C'est donc confirmé : il y a des hommes ailleurs que dans l'Empire. Et ce que l'on devine de cette civilisation à travers le comportement d'Illian laisse entrevoir un risque d'affrontement futur.

Il y a aussi la question des relations entre notre monde et Gwendalavir, et de l'avenir de notre bonne vieille Terre. Les Ts'liches y ont fui, et projettent bien évidemment de nous soumettre comme ils avaient soumis les hommes en Gwendalavir il y a fort longtemps. Edwin, Ellana et Siam semblent avoir jugulé cette menace, mais il n'est pas tout à fait sûr que les monstres aient été éradiqués. Surtout, toute cette pagaille s'est déroulée au vu et au su d'un homme de l'ombre du gouvernement. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que les deux mondes se rencontrent officiellement et que des relations s'instaurent. La question est de savoir lesquelles.

Lecture pour le Big Challenge 2013 de Livraddict


Illustration :
Jean-Louis Thouard


Quatrième de couverture : "Le brûleur arrivait sur eux à une vitesse hallucinante. Ellana encocha une flèche. Edwin tira son sabre, Salim son poignard. Le coeur serré par l'angoisse, Ewilan comprit pourtant qu'ils ne pourraient pas arrêter le monstre. Elle se glissa dans l'Imagination."



[A mon avis le site de l'éditeur en révèle trop, mais si vous n'avez pas peur c'est ICI]


Environ un mois après les évènements du tome précédent, Ewilan et Salim ont repris le cours de leur vie. De retour dans l'Empire, elle se consacre à l'Académie. Lui poursuit sa formation avec Ellana. C'est d'ailleurs l'occasion de gratter la surface de la Guilde des Marchombres, comme une mise en bouche pour la trilogie suivante Le Pacte des Marchombres.

Tandis qu'elle cherche un moyen d'intégrer l'expédition qui ramènera Illian à Validaï, Ewilan découvre une menace dans l'Imagination. Un monstre y sévit, physiquement présent dans cette dimension comme peut l'être le Dragon. Le monstre y provoque de nombreuses destructions et constitue un danger mortel pour les Dessinateurs, donc pour l'Empire, et l'ensemble du deuxième monde. Et contrairement à ce qui se passait avec les Ts'liches, les pouvoirs d'Ewilan ne la mettent pas à l'abri. La solution se trouve peut-être à l'Oeil d'Otolep.

Côté enjeux, l'histoire monte donc en puissance. A la menace dans l'Imagination s'ajoutent l'incertitude à propos des intentions de Valindaï et les relations avec la France - qui n'ont pas été complètement oubliées. Sans compter que l'ombre d'Eléa Ril'Morienval est encore présente. De nouveaux personnages, plus ou moins sympathiques, sont introduits. L'univers s'épaissit d'autant, avec quelques précisions l'air de rien sur les Marchombres, les Dessinateurs, l'armée. Evidemment la troupe habituelle constitue encore le noyau. Salim et Ewilan affûtent leurs compétences tout en connaissant les premières affres de l'adolescence. Les autres restent fidèles à eux-mêmes et les interactions au sein du groupe évoluent peu. Mais la stabilité a du bon puisque celles-ci fonctionnaient déjà bien dans les romans précédents.

La plume de Bottero est toujours aussi agréable et maîtrisée. Dans ce tome il semble revenu au schéma de base de la première trilogie : un voyage avec un objectif. Mais pas de contraste trop fort entre le voyage et la conclusion puisque le tome se termine sur une étape - certes importante - du voyage. Bottero a donc fait le choix de répartir les évènements sur deux tomes, ce qui met pas mal de pression sur le troisième. Toujours du côté des procédés, l'auteur utilise habilement certaines ficelles un peu grosses pour brouiller les pistes : pendant que le lecteur est occupé avec ce que Bottero veut bien qu'il devine, d'autres éléments sont introduits plus subtilement. C'est comme ça que certaines péripéties se mettent à fonctionner vraiment bien.

Il ne reste plus qu'à découvrir Valindaï - qui paraît de plus en plus inquiétante - et la conclusion de cette histoire. Avec Bottero aux commandes, on est confiant.



Illustration : Jean-Louis Thouard
Quatrième de couverture : Un frisson d'angoisse parcourut le dos d'Ewilan. "L'Appel Final mérite des jeux extraordinaires, peuple de Valingaï, poursuivit Baaldoub. Je t'ai donc concocté un programme éblouissant, un programme sanglant, un programme à ta mesure !"

Le voyage d'Ewilan et ses amis se poursuit et nous permet de découvrir des territoires nouveaux dans ce monde. On passe vite fait sur la Mer des Brumes, et nous voilà dans le désert Ourou. Toute la difficulté et tous les dangers de la traversée du désert - où l'Imagination n'est pas accessible - sont véhiculées sans tomber dans le piège de la lenteur. La troupe se rend à Hurindaï, espérant y rejoindre les parents d'Ewilan et Akiro/Matthieu. Le moment est mal choisi, puisque les armées de Valingaï sont en route pour conquérir Hurindaï. La troupe risque fort de se retrouver piégée en plein milieu d'une guerre.

Et s'ils parviennent jusqu'à la cité, les ennuis ne feront que commencer. Quels dangers les attendent dans la cité qui vénère Ahmour, le monstre ayant envahi l'Imagination et menaçant de passer dans leur dimension ? Quels risques courent-ils en accompagnant Illian, dont le comportement devient de plus en plus bizarre tandis qu'ils se rapprochent de sa patrie ? Qui est le mystérieux vagabond silencieux qui semble suivre leur piste depuis la fin du tome précédent ?

Comme d'habitude, le style fluide et la maîtrise du récit permettent au lecteur de s'immerger facilement dans l'univers de Pierre Bottero. On tourne les pages sans pouvoir s'arrêter. Alors bien sûr cela aurait créé un déséquilibre vis-à-vis des tomes précédents, mais il aurait pu y avoir 100 pages de plus : je les aurais englouties sans problème. Si la trame principale est encore une fois relativement directe, l'auteur parvient à faire avancer l'histoire tout en développant son univers naturellement et juste ce qu'il faut : assez pour que le lecteur s'immerge, mais tout en lui laissant la possibilité de faire travailler son imagination dans la direction qu'il souhaite. Sans compter qu'il y a du mouvement du côté des personnages. Tandis que certains traversent des moments de crise personnelle, d'autres se révèlent. D'autres encore nous surprennent, y compris l'héroïne.

Comme le roman parfait n'existe pas, à mon avis, je pourrais relever toutes les petites imperfections qui traînent ici ou là. On peut par exemple considérer que quelques aspects auraient pu être exploités un peu plus - notamment dans la dernière partie de ce troisième tome. Mais tout cela reste très marginal et cette deuxième trilogie se conclut encore une fois avec un très bon moment de lecture. Ce sera un plaisir de retrouver cet univers dans d'autres livres de l'auteur.

mardi 3 septembre 2013

La Quête d'Ewilan - L'Intégrale, de Pierre Bottero

L'auteur : Pierre Bottero, né en 1964, a longtemps été instituteur. Heureusement pour nous, il finit par se lancer dans l'écriture avec un premier roman, Amies à vie, en 2001. La Quête d'Ewilan est sa première trilogie d'heroic fantasy. Il reviendra au monde de Gwendalavir avec trois autres trilogies (Les Mondes d'EwilanLe Pacte des MarchombresL'Autre), un roman graphique (Le Chant du Troll, avec G. Francescano) et le premier volet d'une autre trilogie (Les Ames Croisées). Malheureusement, il n'aura pas l'occasion de nous faire découvrir d'avantage cet univers. Il décède en 2009 au cours d'un accident de moto, à l'âge de 45 ans.

Illustration par Jean-Louis Thouard
Présentation de l'éditeur : La vie de Camille bascule quand elle pénètre dans l'univers de Gwendalavir où des créatures menaçantes la reconnaissent sous le nom d'Ewilan et tentent de la tuer. Elle est l'héritière d'un don fabuleux qui peut s'avérer décisif dans la lutte de son peuple pour reconquérir sa liberté. Aidée de Salim et de nouveaux compagnons qui ont pour noms Edwin et Ellana, Ewilan affermit son Don et part à la recherche de ses parents, captifs d'Eléa Ril' Morienval...
L'Intégrale La quête d'Ewilan regroupe les trois tomes de la première trilogie d'heroic fantasy de Pierre Bottero. D'un monde à l'autre, Les frontières de glace et L'île du destin. En bonus, un inédit de l'auteur, qui raconte la vie d'Ewilan entre six et treize ans, est placé au tout début de l'ouvrage.

J'avais lu la trilogie tome par tome il y a quelques temps. Du fait de ma participation aux challenges Livraddict, je me suis procuré l'intégrale. J'ai pris une bonne dose de plaisir à cette relecture, et j'ai pu découvrir le texte inédit inclus dans l'intégrale. Cette première incursion de Bottero dans le genre n'a pas mis longtemps à se hisser au rang de classique de la fantasy de jeunesse. De plus, comme la majorité des bons titres du genre, la série a su séduire les adultes également.

La particularité de l'héroïne Camille est que le sentiment d'étrangeté typique de l'entrée dans l'adolescence est multiplié chez elle par plusieurs facteurs. C'est une enfant adoptée et on comprend assez vite que ses parents adoptifs n'ont aucune affection pour elle. Elle est aussi surdouée et, bien qu'elle reste par certains aspects une enfant, montre des signes certains de maturité par rapport à son âge. Les adultes ne la comprennent pas, et sa seule source d'affection est Salim, son meilleur - et seul - ami.
Le sentiment d'étrangeté atteint son paroxysme quand elle se transporte dans un monde parallèle, dans l'Empire de Gwendalavir. Elle se trouve nez à nez avec un monstre, un Ts'liche, qui l'appelle Ewilan. Elle apprendra qu'elle est originaire de ce monde, qu'Ewilan est le nom que lui ont donné ses parents disparus, et qu'elle a un frère. Elle apprendra qu'elle est une Dessinatrice : elle peut voyager dans l'Imagination et matérialiser ce qu'elle Dessine mentalement. Gwendalavir est en guerre, et les choses ne se passent pas très bien. Il faut libérer les Sentinelles - les meilleurs Dessinateurs de l'Empire - prisonniers des Ts'liches pour espérer renverser la situation. Les parents d'Ewilan en faisaient partie, ils sont donc peut-être encore en vie. Avec les alliés et amis qu'ils se font en route, Camille/Ewilan et Salim se lancent donc dans l'aventure.

L'histoire est efficace, le monde crée par l'auteur a ce quelque chose d'enchanteur propre à capturer l'imagination des jeunes lecteurs. Choisir le voyage dans l'Imagination et le Dessin comme type de magie est une touche géniale dans cette veine. On sent que Bottero a beaucoup travaillé sur ce monde à la lecture des descriptions, et aux nombreux aspects qui sont introduits plus ou moins profondément : les marchombres, les rêveurs, les Faëls, le bestiaire, Merwyn, etc. Les personnages sont attachants, même si certains mériteraient qu'on s'attarde un peu plus sur leur psychologie. Suspens et humour sont suffisamment maîtrisés pour ne pas infantiliser le lecteur, et cela explique sans doute que le roman fonctionne tout aussi bien pour le lectorat plus âgé.

Alors bien sûr il y a quelques imperfections. Les plus cyniques regretteront sans doute la relative facilité avec laquelle la plupart des crises et disputes sont surmontées. Pour ma part, le point le plus perfectible concerne l'avancée de l'histoire. J'avais trouvé que dans chacun des trois tomes il y avait un trop grand déséquilibre entre les voyages et les combats de fin de tome. Ceux-ci se résolvaient vraiment très vite, et l'on reste un peu sur sa faim. Ce sentiment s'est intensifié à cause du format de l'Intégrale, les passages correspondant à chaque fin de tome semblent alors des épisodes incroyablement courts coincés entre de longs voyages (par ailleurs plaisants à suivre).

On sent aussi assez clairement que Bottero a encore beaucoup à offrir avec ce monde. Et on attend impatiemment de s'y replonger avec Les Mondes d'Ewilan, Le Pacte des Marchombres, L'Autre, Les Ames Croisées...


Lecture pour le Big Challenge 2013  et le Baby Challenge Fantasy 2013 de Livraddict







lundi 26 août 2013

Percy Jackson, de Rick Riordan

L'auteur : Rick Riordan est né en 1964 au Texas et vit à San Antonio avec sa famille. Pendant ses études, il s'est spécialisé en Histoire et en Anglais. Il a une expérience de quize ans en tant qu'enseignant, ce qui se ressent fortement dans ses livres pour la jeunesse. Il est principalement connu pour ceux-ci, et notamment la série Percy Jackson suite au battage médiatique qui a accompagné l'adaptation au cinéma. Mais 10 ans plus tôt, il publiait déjà la série Tres Navarre, destinée à un lectorat plus âgé. Après la mythologie grecque, sa dernière série en date se rapporte à l'Egypte des dieux et pharaons.


Tome 1 : Le Voleur de Foudre


Illustration: 20th Century Fox Film Corporation

Présentation de l'éditeur : Une vie de demi-dieu, c'est dangereux. C'est angoissant. Le plus souvent, ça se termine par une mort abominable et douloureuse. Dès l'instant où l'on sait si l'on en fait partie, ils le perçoivent eux aussi et se lancent à vos trousses. Un jeune garçon apprend que les dieux de l'Olympe sont on ne peut plus vivants, et qu'il est lui-même un demi-dieu.



Supposons un instant que le bon vieux panthéon grec n'est pas qu'un mythe : les titans, les dieux, les monstres, les chimères et les demi-dieux sont réels. Evidemment, tout ce petit monde ne s'est pas évaporé il y a 2000 ans. En particulier, les dieux continuent de se prendre d'affection pour les mortels. En un mot comme en cent, des demi-dieux se baladent en ce moment même dans notre monde.
Au début du roman, Percy Jackson croit n'être qu'un enfant qui n'a pas eu son comptant de chance. Son père a disparu quand il était bébé. Sa mère, qu'il vénère presque, a épousé un tocard fainéant, bête et méchant. Quant au garçon, il est dyslexique, hyperactif et souffre d'un trouble de l'attention. Bref, sa vie scolaire est un peu chaotique. Or, tous ces tracas trouvent une explication dans le fait que Percy est justement un demi-dieu. Et on se rend compte qu'en fait ses problèmes sont tout autres :

1 - Il est vraisemblablement le fils de l'un des Trois Grands (Zeus, Poseidon, Hades) qui ont pourtant juré sur le Styx de ne plus enfanter (leur progéniture, très puissante, influence trop le monde) : les relations familiales s'annoncent tendues.
2 - Zeus croit que c'est Percy qui a volé son éclair primordial. Le garçon, qui ne connaît rien du monde qui s'ouvre à lui, a deux semaines pour ramener l'éclair - qu'il n'a pas.
3 - Les Enfers ont apparemment deux mots à lui dire.
4 - C'est justement là que sa quête l'emmène ; sa mère y a visiblement été expédiée.

Ce premier tome est truffé de bonnes choses. Les références à la mythologie grecque pullulent évidemment, et le mélange avec le monde moderne est vraiment bien réalisé. Les références sont souvent accompagnées de quelques explications ou rappels, mais jamais de manière pesante. Les parents feraient mieux de réviser leurs fiches : cela leur fera du bien et donnera lieu à de sympathiques échanges avec leurs marmots autour du livre.
Il y a une réelle volonté de "dépoussiérer" les mythes pour intéresser le jeune lecteur. Dans le même temps, il y a un agréable souci du détail. Un exemple parmi tant d'autres m'a frappé : pourquoi Percy parvient-il à comprendre ce que dit un zèbre, mais pas ce que dit un lion ? Pour le savoir, il faut avoir à l'esprit tous les attributs de son père. Ce genre de petite touche me plaît beaucoup.

J'aimerais insister sur un aspect pour lequel je tire vraiment mon chapeau à R. Riordan : la narration. Ecrire un roman pour la jeunesse (adolescents compris) en première personne est un exercice difficile, périlleux. Les libraires regorgent d'échecs cuisants en la matière. Et j'ai trouvé que Riordan s'en est admirablement tiré. Je n'ai eu aucun mal à m'immerger dans l'histoire racontée par un garçon de 11 ans.
Je ne peux pas vraiment dire qu'il s'agit d'un gros coup de coeur. D'abord parce qu'il faut que je lise les quatre autres tomes de la série, mais surtout parce que je suis (un peu) vieux par rapport au lectorat ciblé. Mais je pense qu'il s'agit d'un excellent livre. N'hésitez pas à le lire, et faites le découvrir aux enfants et jeunes ados.





Illustration par John Rocco

Présentation de l'éditeur : Lorsqu'une simple partie de foot se change en bataille contre un gang de cannibales géants, Percy le demi-dieu a un terrible pressentiment. Comme le lui annonçaient ses étranges cauchemars, les frontières magiques qui protègent la Colonie des Sang-Mêlés sont empoisonnées. Pour sauver leur domaine, Percy et ses amis devront parcourir la Mer des Monstres, qui porte bien son nom.


A première vue on a dans ce tome une intrigue un peu moins profonde. Dans le précédent, il s'agissait non seulement de ramener l'éclair, mais aussi de découvrir qui l'avait volé. Ici, on a "simplement" une quête et son accomplissement. Mais c'est une vision un peu réductrice. Ce qui caractérise surtout ce tome, c'est d'être vraiment un épisode dans une histoire plus large. Par petites touches, les enjeux globaux de la série sont précisés : la menace Cronos qui grandit, le destin de l'Olympe, le rôle de Percy. Il y a même un retournement de situation à la fin, assez efficace pour inviter à se plonger rapidement dans le tome suivant.

J'ai aussi ressenti que Riordan commence à se libérer dans son écriture. C'est particulièrement visible pour ce qui est de l'humour. On a par exemple une illustration amusante du supplice de Tantale, et de la différence entre Chiron et les autres centaures. La métaphore engagée sur les chaînes de malbouffe comme manifestations de l'Hydre prête aussi à sourire. (mais pourquoi ont-ils utilisé l'Hydre dans le premier film?) 
Même l'humour de Percy gagne en efficacité ("Nous avons failli nous tuer six ou sept fois seulement, ce qui m'a semblé plutôt peinard"). La palme revient quand même à une réutilisation de la ruse de Pénélope avec... Grover dans le rôle de la future mariée! De par le lieu et l'objet de la quête (la Toison d'or), le livre fourmille en effet de références aux aventures d'Ulysse (dont Pénélope est la femme, pour ceux qui ne se souvenaient pas^^) et de Jason : Charybde et Scylla, Circé, les cyclopes...

D'ailleurs, voici l'autre aspect de la prise d'ampleur dans l'écriture de Riordan. Dans le premier tome, les sujets de réflexion sérieux apparaissaient en filigrane. Mais Percy commence à grandir et à être à même de se poser directement certaines de ces questions. Ici, il s'agit de savoir dépasser et même ignorer les différences de chacun, et d'apprendre à respecter les personnes pour ce qu'elles sont. Bref, Percy apprend la tolérance. La leçon se fait au contact de son demi-frère Tyson. Car la famille du garçon s'élargit : puisque (presque tous) les cyclopes sont enfants de Poseidon, ceux-ci ne sont rien d'autre que ses demi-frères.

L'existence de Tyson peut sembler incohérente au début : après tout il a clairement été engendré après le serment des Trois Grands. Ce serment sur le Styx est-il donc si facile à briser? Et puis, cela ne remet-il pas en question le statut particulier de Percy? Mais en fait non, parce que le serment concerne seulement les enfants conçus avec des humains. Et on apprend la vraie raison de ce serment : selon une prophétie, un tel enfant détiendra à ses seize ans le pouvoir de détruire ou de sauver l'Olympe. Cette révélation offre un éclairage nouveau sur certains évènements et un enjeu pour la suite de la saga : Percy est-il celui annoncé par la prophétie? Si oui, que choisira-t-il? 
Même si ce n'est pas au niveau de l'intrigue, ce tome n'est donc pas sans une certaine épaisseur. Tous ces éléments en font une autre très bonne lecture et une réussite du point de vue de l'attrait pour la suite.

J'ai lu le tome 1 avant de m'y inscrire, c'est donc ce tome 2 qui compte pour le




Illustration : John Rocco




Présentation de l'éditeur : Percy et ses amis Annabeth, Grover et Thalia se retrouvent face à un horrible manticore. Ils n'ont la vie sauve que grâce à l'intervention de la déesse Artémis et de ses Chasseresses. Mais lorsque Annabeth puis Artémis disparaissent, une nouvelle quête semée d'embûches s'annonce : Percy devra plus que jamais se méfier des manipulations et des pièges de Cronos, le Seigneur des Titans. 




La Mer des Monstres marquait un certain éloignement par rapport au monde des mortels, du moins dans la majorité du récit. Dans ce troisième volume on retrouve l'enchevêtrement entre monde moderne et mythologie à son plus haut niveau. Un signe en est que la mère de Percy et le père d'Annabeth gagnent en importance. Cette interaction donne lieu à des effets de contraste très réussis, par exemple sur l'incompatibilité entre les explications modernes et les mythes : le Soleil et le char d'Appollon, la vision des constellations, etc. Cela donne également lieu à des lectures modernes assez convaincantes de certains aspects mythologiques : le déséquilibre crée par l'homme dans la Nature favorisé par la disparition de Pan, la modernisation du char d'Appollon (il faut bien vivre avec son temps), l'utilisation qu'on peut faire de la peau impénétrable du lion de Némée, la période Haïku d'Appollon (dont la poésie et la musique sont des attributs classiques).

C'est aussi un bon ressort comique, puisque la dissonance entre les deux mondes dans lesquels Percy évolue est fréquemment source d'incongruités, voire d'absurdités, assez efficaces en terme d'humour. Souvent, cela vient d'un mélange détonant : l'écart entre les traits typiques de Percy en tant que jeune adolescent et tout ce qui accompagne son statut de demi-dieu. On peut penser par exemple à la manière dont dénouer un filet par plusieurs mètres de fond lui évoque l'emmêlement des fils de sa console de jeu ou le passage savoureux pendant lequel sa mère les conduit lui, Annabeth et Thalia pour une mission de sauvetage. Il faut espérer que Riordan parvienne à ne pas tomber dans l'excès.
On peut être confiant sur ce dernier point car en plus des références complètement évidentes, Riordan fait preuve à d'autres endroits d'une finesse et d'une précision très appréciables. Je ne pense pas gâcher votre plaisir en attirant votre attention sur la manière dont il évoque les tâtonnements et les évolutions de la mythologie grecque, tout en leur apportant une vision et une explication originales : voyez par exemple ce qu'il fait concernant les confusions Appollon/Helios et Artémis/Sélène, ou les différentes versions sur le nombre des Hespérides. Il fait même preuve de pas mal d'audace en proposant des réécritures pures et simples de certains mythes.

L'univers de la saga s'étoffe encore dans ce tome, en particulier avec les chasseresses d'Artémis dont l'existence nous apprend que la Colonie des Sang-Mêlés n'est pas la seule voie pour les demi-dieux. Sans oublier l'introduction de Nico et Bianca, deux nouveaux rejetons d'un dieu. Entourés de mystère, ils vont se révéler bien plus important qu'on ne pourrait le croire au début. Le camp de Cronos continue de développer ses forces et les dynamiques au sein de son armée évoluent avec l'entrée en scène du Général, la position de Luke qui devient plus précaire, et quelques dissensions personnifiées par Thorn. Dans l'autre camp, l'Olympe paraît plus lent à accorder ses violons, mais les choses avanceront peut-être avec le Conseil qui doit avoir lieu au Solstice d'Hiver, à condition que Percy et ses amis réussissent leur quête.

Le dernier grand point fort de ce tome, c'est Percy. Pour la dimension héroïque, Riordan y va à fond. Il passe à la vitesse supérieure dans le parallèle entre le garçon et Hercule, qui est peut-être le plus grand et célèbre héros de la mythologie. La descente aux enfers dans Le Voleur de Foudre était une référence assez timide à cause de différences importantes ; le combat contre l'Hydre dans La Mer des Monstres était plus explicite. Ici, on a carrément plusieurs des travaux d'Hercule qui sont imposés à Percy, même s'il reçoit l'aide de ses amis. Le Lion de Némée, le Sanglier d'Erymanthe, le Jardin des Hespérides (avec la tâche subsidiaire de la capture de Nérée), ce n'est pas rien. Par ailleurs Percy explore et assume d'avantage son héritage paternel en instaurant une communication régulière avec Tyson, en endossant la responsabilité du pavillon de Poseidon à la Colonie, et en portant secours aux créatures marines. Pour son côté adolescent, Riordan met en scène avec justesse sa relation avec Thalia : une amitié qui n'est pas sans tensions provoquées par la rivalité et une pointe de jalousie de part et d'autre. De ce point de vue Percy grandit encore au cours de ce tome puisqu'il gagne petit à petit la maturité pour accepter et dépasser la situation. Sans oublier l'évolution assez convenue mais bien traitée de son regard sur Annabeth. S'il n'est pas exempt de défauts, il faut quand même admirer les efforts presque constants qu'il fait pour s'améliorer sur de nombreux plans.

Du côté des développements futurs, il y a bien entendu la guerre entre l'Olympe et les Titans qui approche de plus en plus, mais aussi d'autres éléments qui sont introduits ou qui progressent, tels que la quête de Pan qui connaît une petite avancée encourageante. Ce troisième tome est donc une confirmation de la très bonne qualité de cette saga. Il donne toutes les raisons d'espérer que les deux derniers tomes apporteront une suite satisfaisante à l'histoire de Percy.


Illustration : John Rocco

Présentation de l'éditeurLa vie de Percy est menacée. L'armée de Cronos s'apprête à attaquer la Colonie des Sang-Mêlé, en empruntant le Labyrinthe de Dédale. Percy et ses amis doivent trouver Dédale avant Cronos et tout faire pour lui barrer la route. Mais circuler dans l'enfer souterrain n'est pas aisé... surtout quand le chemin est parsemé d'effroyables pièges.


Alors qu'elle attend depuis qu'elle a 7 ans, Annabeth se voit enfin confier une quête dans ce tome. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas vraiment gâtée, vu le contexte. Il s'agit de sauver la Colonie des Sang-Mêlé de l'attaque imminente des forces de Cronos, rien que ça ! Percy et elle ont découvert que l'ennemi pourrait bien les envahir sans se soucier des barrières magiques en passant par le Labyrinthe de Dédale dont l'une des entrées débouche au coeur de la Colonie. Et comme les rêves de Percy indiquent que Luke et ses sbires font des progrès, il faut trouver un moyen de leur barrer la route. Le but de la quête d'Annabeth est donc de trouver l'atelier de Dédale au centre du Labyrinthe et de le convaincre de ne pas laisser passer les armées de Cronos. En espérant que l'ingénieur de génie soit encore vivant, et disposé à aider les jeunes héros. Car s'il laisse Luke s'emparer du fil d'Arianne, celui-ci pourra se repérer et lancer son attaque.

En bien des sens, ce tome 4 est le tome de transition de la saga. Evidemment, transition avant la grande bataille et le dénouement dans le tome 5. Si la Colonie est menacée, elle n'est en même temps qu'une étape dans la campagne de Cronos qui veut renverser l'Olympe et détruire le monde. On ne s'étonnera pas alors que ce tome soit marquée par une dimension plus sombre et sérieuse encore que le précédent. Ce sentiment est encore renforcé par le choix de Riordan de situer la majorité de l'action dans le labyrinthe souterrain. Comme en plus celui-ci est rempli de pièges et risque de rendre fou ceux qui le parcourent, autant dire que la tension grimpe d'un cran.

L'ouvrage et la vie de Dédale ne sont bien sûr pas les seuls aspects mythologiques couverts. Riordan nous a habitués à mêler intelligemment plusieurs pans de la mythologie et c'est encore le cas ici. On a par exemple l'habituelle référence aux travaux d'Hercule - cette fois avec les écuries d'Augias - et celle à l'Odyssée d'Ulysse, avec l'île déserte de Calypso. On pourrait s'amuser à faire la liste des références. Cela dit, je préfère insister sur le fait que Riordan s'emploie à brasser très large dans la mythologie. Ainsi le fait d'avoir fait de Cronos l'ennemi à vaincre lui permet d'inclure de nombreuses références à la Titanomachie, aspect qui est souvent moins connu que les frasques des dieux olympiens. C'est l'occasion par exemple de découvrir les Hécatonchires, géants à cent mains que l'on est pas forcément habitués à côtoyer  On a aussi un rappel que Poseidon n'est pas seulement le dieu des mers et océans, et même une nouvelle mention de la diversité de sa progéniture avec Antée. L'épisode qui le concerne est même une référence un peu lointaine et subtile à Hercule - encore lui. Bref, Riordan est impressionnant dans sa manière de montrer à quel point la mythologie grecque est vaste et riche. C'en est au point qu'il peut se permettre quelques libertés au service de son histoire.

La Bataille du Labyrinthe est aussi le tome de transition pour les personnages puisque tous les personnages principaux mûrissent. Parfois cela passe par des désillusions, comme pour Tyson avec Briarée ou Annabeth avec Dédale. En ce qui concerne Percy, cela vient par une meilleure connaissance de soi et de ses propres convictions et sentiments, ou l'acceptation que sa mère trouve le bonheur avec un autre homme. Même Grover et Nico grandissent d'un coup et beaucoup dans ce tome. Le satyre revient sur le devant de la scène et sa quête du dieu Pan le mènera à s'accomplir auprès des siens. Quant à Nico, il suit le chemin douloureux du deuil et choisit de suivre sa propre voie. Comme en plus l'auteur prend le temps de développer des personnages secondaires tels que Hera, Dyonisos, Clarrise et Rachel - habilement introduite dans le tome précédent et mise en avant dans celui-ci -, on peut dire que côté personnages on est gâtés.

Il reste à voir comment Riordan va gérer le final de cette saga. Maintenant que les forces de Cronos sont prêtes il semble difficile de garder le même schéma que précédemment : on imagine mal le roi des Titans attende les prochaines vacances d'été pour laisser aux adolescents l'occasion de profiter d'une année de repos ou de préparation. Comment l'auteur va-t-il aborder cette conclusion ? Que va t'il se passer, et comment Percy va-t-il gérer la prophétie qui le concerne ? La suite dans le dernier tome.




Illustration :
John Rocco

Présentation de l'éditeur : Toute l'année, Percy et son armée de demi-dieux se sont préparés à affronter les Titans. L'heure est venue. Les troupes de Cronos avancent vers Manhattan où l'Olympe est en danger. Tandis que Percy et ses amis luttent, ils savent que le temps est compté. La prophétie va s'accomplir : Percy doit prendre une décision qui condamnera ou sauvera le monde. Mais cette décision, quelle est-elle ?


La guerre entre l'Olympe et les forces de Cronos est maintenant bien engagée. La dernière bataille est proche et, si c'est bien Percy qu'elle concerne, la Grande Prophétie se réalisera bientôt puisque le garçon approche de ses 16 ans. C'est le moment pour le fils de Poseidon d'entendre cette prophétie dans sa totalité, et de mener les demi-dieux de la Colonie au combat contre l'armée de Cronos.

Ce dernier tome est fantastique. Riordan a fait un excellent travail en décrivant une bataille crédible à Manhattan. Inscrite dans la durée, avec des combats très bien orchestrés, ce qu'il faut de tension et de tragédie. Il n'a pas lésiné non plus sur le suspens. Même pendant ce dernier tome, la prophétie reste mystérieuse et tout ne prend son sens qu'à la fin.

Là où l'auteur fait fort, c'est qu'il parvient à intégrer au milieu de toute cette agitation les réponses à de nombreuses questions, et à introduire toujours plus de nouveaux détails sur la mythologie grecque. Prométhée, Hestia, la boîte de Pandore ne sont que quelques uns des éléments  en question. On en apprend également plus sur l'Oracle de Delphes et la raison pour laquelle c'est une momie, sur les événements qui ont provoqué l'exil de Nico pendant des années et sur bien d'autres choses.

De plus, l'auteur n'a négligé aucun des personnages importants. On apprendra même toute l'histoire de la chute de Luke, le destin de Rachel, l'avenir de Grover ou encore la place de Tyson dans le royaume de Poseidon. Riordan a donné vie à une galerie de personnages vraiment bien gérés, et sa vision des personnages mythologiques célèbres est également très rafraîchissante : parfois à contrepied, toujours modernisée et souvent hilarante (Persephone et Demeter !)

En effet, et c'est peut-être encore plus fort que tous les autres aspects, le mélange entre mythologie et époque actuelle, la grande caractéristique de ce cycle, fonctionne vraiment merveilleusement ici. Surtout au niveau de l'humour : le décalage entre les deux mondes est une source inépuisable d'absurde et de loufoque. Mais cela est fait sans ridiculiser l'histoire ou amoindrir les enjeux et, à l'inverse, l'ambiance pressante et guerrière ne teinte pas non plus l'humour de macabre. Vraiment, c'est très plaisant à lire.

Au final, l'histoire de Percy Jackson est vraiment divertissante et bien menée. Cela reste de la littérature jeunesse, mais c'est indéniablement un coup de coeur dans le genre.